Philippe Bruneau a l'humour et la distinction que l'on qualifie en France, à tort ou à raison, d'anglo-saxons. C'est un dandy qui a traversé mai 68, a joué avec le groupe T.S.E. et stationné au " Vrai Chic parisien ". Cet itinéraire panaché, on le retrouve dans sa " féerie dégoûtante ", comme il surnomme lui-même la pièce. Ici, son irrespect créateur l'entraîne à ruiner la haute idée que l'on se faisait des personnages de notre enfance.
Ainsi Blanche Neige (Claire Nadeau) est devenue une obsédée sexuelle, le Petit Chapeau Rond Rouge (Carole Dajenais) une séductrice ravageuse ; le Petit Poucet, lui (Gérard Lanvin), a beaucoup grandi et s'est enlaidi. On se laisse embarquer dans ce voyage désorganisé parce que les gags à répétition servent de caution, plus que l'histoire elle - même. Des personnages moins célèbres viennent revendiquer leur part de délire, comme une fée Intérimaire qui ne devrait jamais chômer (Carole Dajenais), un connétable irrésistible (Philippe Bruneau), un prince charmant homosexuel (Gérard Lanvin), un cuisinier à la vulgarité désopilante, un roi farceur (Michel Puterflam), une fée des Neige explosive (Michèle Moretti), d'autres encore... En sortant de ce monument de drôlerie qui dynamite les genres, on a pris une leçon de surréalisme et appris que la grossièreté n'était pas nécessairement vulgaire.
