Pour la première fois, Bernard Haller est installé à Bobino, avec un spectacle nouveau, toujours proche d'un Walter Mitty inspiré, funambule qui s'obstine à glisser sur le fil de la vie.
Bernard Haller a abandonné sa malle d'accessoires. Il monte en scène sans rien, sinon ses mains gantées de blanc. Il passe du mime à la comédie à une voix, du mimodrame à la folie galopante ; démonte son visage au quart de seconde. Son corps saute, danse, il se joue des mots, de leur cocasserie, des effets sonores.
Il y a chez Bernard Haller un comique sensible, celui d'un rêveur mal arraché à son sommeil, parfois cruel, terrifiant (Haller ne craint pas d'exploiter les peurs) et toujours d'une grande modernité. Il travaille sur le terrain du concret, et nous offre, à travers une accumulation de gags, de numéros visuels, de textes courts mais très élaborés, une étonnante peinture des caractères de notre temps.
Dans le spectacle de Bobino, où tout s'enchaîne sur un rythme vif, il y a des morceaux d'anthologie : le sketch à transformation où Bernard Haller parvient à la perfection et à la poésie que Fernand Reynaud avait atteint autrefois avec Le régiment qui passe. Ou encore la séquence du départ du train, celle du conte pour enfants dans lequel les situations s'inversent brusquement...
Pour reprendre le titre de l'un de ses derniers sketches, Haller fait " peau neuve ", poussé par la force de la maturité.
Le Monde
