mercredi 27 novembre 1996
vendredi 15 novembre 1996
Variations énigmatiques (Théâtre Marigny)
Un vieil écrivain célèbre vit en reclus sur une île de Norvège, tout près du cercle polaire. Acariâtre, il chasse les intrus à coups de fusil et a pour seules fréquentations une femme de ménage et des prostituées, amenées par le bac en même temps que ses provisions hebdomadaires. Un jour, il accepte de recevoir un journaliste qui désire l'interviewer sur son dernier livre à succès: un roman d'amour épistolaire. C'est cette rencontre qui fait le sujet de Variations énigmatiques, quatrième pièce d'Eric-Emmanuel Schmitt. Dans la première la Nuit de Valognes , il s'essayait à la reconstitution historique à travers la figure de Don Juan. Dans le Visiteur, sa deuxième, il retraçait les derniers jours de Freud à Vienne sous le nazisme en recyclant avec succès les recettes du huis clos psychologique à l'américaine. Avec Golden Joe, sa troisième un four , il tentait une tragédie contemporaine en transposant Hamlet à Wall Street.
Dans Variations énigmatiques, il vise un nouveau genre: le mélodrame. Le résultat est caractéristique de l'écriture de Schmitt: habileté certaine pour habiller les clichés, absence complète d'authenticité. Qui confine parfois au cynisme. Quand, à l'issue du récit détaillé de l'agonie de la jeune femme cancéreuse sortez les mouchoirs , Schmitt évoque le fauteuil de la morte, qui semble attendre sa maîtresse «comme un animal familier», il sait de toute évidence qu'il en fait trop mais que cela risque de marcher quand même. Il n'a pas tort: les reniflements reprennent illico.
Tout cela ne porterait guère à conséquence n'était la présence de Delon à l'affiche. Du théâtre, l'acteur de cinéma n'a qu'une mince expérience. Il a joué en 1961 sous la direction de Visconti dans Dommage qu'elle soit une p... et en 1968 dans les Yeux crevés de Jean Cau dont les représentations furent interrompus par «les événements». Cheveux en bataille et lunettes en sautoir, l'ex-beauté supérieure de Rocco et ses frères (1960) endosse donc les habits d'Arnold Znorko, le vieux solitaire qui méprise le monde et l'amour. Face à lui, Francis Huster joue les jeunes hommes en vieux routier des planches. L'affrontement (sexe-symboles, monstres sacrés, choc des générations, etc.) n'a pas lieu. Après une esquisse de bras de fer psycho-philosophique, Schmitt en revient aux bonnes grosses ficelles coups de théâtre, bons mots et pleurs dans les chaumières avec un zeste de culture psy (et si ces deux hommes amoureux de la même femme étaient en fait amoureux l'un de l'autre?).
Reste, malgré tout Delon. Au milieu d'une entreprise qui pue le coup monté, il est de toute évidence le seul à se livrer sans trop de calculs. Maladroit, avec ses raclements de gorge intempestifs, ses rires et ses sanglots forcés, son application de jeune homme qui débute, il est clair que lui, au moins, croit au théâtre. Cette ingénuité de Delon, qui n'exclut pas l'élégance dans la beauté des mains par exemple est bien le seul élément touchant d'une soirée frelatée. Libération
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