mardi 9 décembre 1997

Phil Collins (Bercy)

Chaleureux, rigolard, Phil Collins déboule au milieu du public pour commencer un concert aux rythmes frénétiques. Une pêche incroyable et communicative se dégage de chacune des personnes présentes sur scène, à commencer évidemment par Phil Collins lui-même qui ne manque jamais de faire une petite grimace ou de jouer avec le public. La scène ronde en plein milieu de la salle de concert est également là pour que personne ne soit privé de la vue de ce spectacle aux lumières particulièrement impressionnantes. 

mercredi 5 novembre 1997

Les Côtelettes (Théâtre de la Porte Saint-Martin)

Impossible d'en vouloir tout à fait à une pièce qui offre à Michel Bouquet cette première réplique. Et qui lui permet de se glisser dans un rôle de petit vieillard salace où il se délecte. Traînant des pieds, égrenant gros mots et grivoiseries avec gourmandise, Bouquet traverse les Côtelettes comme il y a quelques années Jeanne Moreau La vieille qui marchait dans la mer, un film où elle passait son temps à jurer comme une maquerelle. Le plaisir qu'elle y prenait n'en faisait pas pour autant un bon film. Le talent de Bouquet ne suffit pas à transformer les Côtelettes en spectacle inoubliable. Pour sa première incursion au théâtre, on peut au moins reconnaître à Bertrand Blier le désir de prendre le boulevard à contresens. Un beau soir, Léonce «gros con de gauche», comme il se définit lui-même (Philippe Noiret, qui noiretise), reçoit la visite inopinée d'un «vieux con de droite» (Bouquet, donc) qui force sa porte et s'incruste. Deux whiskies et de nombreuses digressions plus tard (dont l'une sur la différence entre droite et gauche mesurée à l'aune du balai à chiottes), il s'avérera que tous deux sont amoureux de Farida, leur femme de ménage algérienne, qui fréquente leurs deux appartements. Visitant plusieurs registres (vaudeville, mélo, comédie fantastique ­ avec l'irruption de la Mort sous les traits impeccables de Micha Bayard), les Côtelettes se veulent une farce contemporaine où Blier aborde des sujets plus ou moins tabous: sexe, culpabilité, lâcheté, racisme... Ou pédophilie: Léonce-Noiret rêve tout haut d'une école où profs et élèves se retrouveraient ensemble dans un grand lit, et confie à sa copine l'initiation de son fils de 12 ans. Provocation? Pétard mouillé: Léonce est fier de son petit garçon («Tu seras un homme mon fils, pas un pédé»), et la morale est sauve. Reste le fonds de commerce majeur des Côtelettes: la misogynie. Dans ce domaine aussi, la férocité (ou la sincérité) de Blier fait plus souvent tache que mouche. Pour une réplique réussie (sur la manie des régimes amaigrissants) qui aurait pu être dite par son père dans un film dialogué par Audiard: «Elles bouffent plus que du millet... et on se retrouve au plumard avec un jeu de 32», Blier en écrabouille dix. Ce qui finit par donner aux Côtelettes un goût de bouillie: les bonnes intentions s'y délitent, les bons mots s'y noient, la mauvaise conscience s'y rince et les allégories s'y mordent la queue. Jusqu'à la confusion d'un final où le personnage de Farida, vierge et putain, tourne au fantasme mal assumé.

jeudi 9 octobre 1997

Les noces de Figaro (Opéra)

Le rideau se lève sur un décor d'appartement bourgeois contemporain. Le public BCBG du Théâtre des Champs-Elysées semble tiquer. Le Don Giovanni de Losey en décors naturels d'époque est loin, et un malaise saisit, dans un premier temps, ceux pour qui la marque déposée du chef d'orchestre, Christie «100% authentique», signifie production à l'ancienne. Sauf que le metteur en scène Robert Carsen, contrairement à ce que l'on pourrait penser, a fait un travail à mille lieux de celui d'un Sellars. Et que ce n'est pas pour «adapter» l'oeuvre à notre époque et lui faire dire des choses différentes, mais par souci lui aussi de vérité «historique» que le metteur en scène canadien a pensé sa mise en scène. «La spécificité de cet opéra de Mozart, c'est qu'il montrait les gens de son époque, qu'il s'adressait directement à eux, sans le recours au mythe historique ou à quelque référence extérieure. Ce serait trahir le projet mozartien que de monter aujourd'hui les Noces en costumes d'époque».

jeudi 27 février 1997

Michel Jonasz (Casino de Paris)

Trente ans de métier et cinquante ans au compteur de la vie, Michel Jonasz parvenu depuis longtemps au sommet de son art, sort un nouvel album en 1996 "Soul Music Airlines". Toute son "âme" (traduction littérale du mot anglais soul) transparaît ici. S'exprimant sur ses sentiments intimes, il écrit "Ado" et "Hannah" dédié à sa fille. Les voyages sont aussi une source d'inspiration pour lui. Véhiculant une certaine idée du bonheur et en même temps quelque nostalgie, l'artiste perpétue les recettes de son succès tout en donnant le meilleur de lui-même. Il enchaîne comme d'habitude les tournées et se produit au Casino de Paris en février 1997.