mercredi 31 mai 2023

John Fogerty à La Seine Musicale

A 78 ans, John Fogerty, l’ancien leader du groupe Creedence Clearwater Revival, un monument de la musique populaire américaine, qui n’était pas venu en France depuis 15 ans, a donné un concert d’anthologie à La Seine Musicale de Boulogne. Après 50 ans de bataille judiciaire, il a finalement récupéré les droits des chansons qu’il avait composées et s’est lancé dans une tournée mondiale pour célébrer cette victoire ! Il faut dire qu’il a composé entre 1968 et 1972, en six albums (à l’époque, les groupes publiaient un album tous les six mois), une douzaine de hits qui ont marqué l’histoire de la musique pop, avant que le groupe se sépare pour cause de mésentente. Il a ensuite sorti une dizaine d’albums solo sans avoir le même succès auprès du public (sauf « Centerfield », en 1985). Vous avez dansé dans votre jeunesse lors des surprises parties (c’est l'expression de votre génération 😂😊…) sur « Susie Q », « I Put a Spell on You », « Proud Mary », « Born on the Bayou », « Bad Moon Rising », « Lodi », « Down on the Corner », « Fortunate Son », « Up Around the Bend », « Run Through the Jungle », « Have You Ever Seen the Rain? », « Hey Tonight », … Et c’est dans cette malle aux trésors qu’il a puisé mercredi soir, accompagné notamment de ses deux fils à la guitare (qui ont malheureusement ouvert le concert en première partie avec leur propre groupe « Hearty Har » …), dans des versions parfois légèrement plus pêchues et avec l’ajout d’un saxophone qui n’existait pas sur les titres originaux, devant des projections de vidéos psychédéliques qui rappellent l’ambiance des seventies. Il chante ses titres de la grande époque, un mélange de rock ’roll, rhythm’n’blues et folk, avec la voix de ses vingt ans, assure à la guitare des solos ou de superbes parties d’harmonica et intervient parfois pour évoquer certains aspects de cette glorieuse époque, comme pour la très réussie ode à son épouse « Joy of my life ». L’homme est sympathique, enthousiaste et manifestement heureux de vivre cette renaissance et la salle, composée de nombreuses cartes vermeil (ça existe encore ?), lui a fait un triomphe bien mérité.

mardi 23 mai 2023

Peter Gabriel 23 mai 2023

Peter Gabriel, ancien fondateur et chanteur de Genesis, a quitté le groupe en 1975 après la parution de leur meilleur album « The Lamb Lies Down on Broadway » pour mener une carrière solo qui sera couronnée de succès avec notamment la parution de son album « So » en 1986 qui lui apportera une renommée internationale. Il a publié une dizaine d’albums, fusion de musique progressive à tendance pop et de musique du monde et il est ainsi considéré comme le père de la World Music mais aussi comme un artiste concerné qui s'implique concrètement dans la défense des droits de l’homme. Nous avons assisté mardi soir à son concert à Bercy (oui je suis à l'ancienne, aujourd'hui Accor Arena) une expérience éblouissante de fusion entre la musique et l’utilisation de nombreux dispositifs de vidéos, d’animations et d’écrans interactifs (sous la forme d’un rideau transparent) qui rend le show unique dans le monde pourtant créatif de la pop. Sur le plan musical, il a l’audace de jouer essentiellement de nouvelles chansons qui ne sont pas encore publiées dans un album (à venir cette année ?), entouré d’une formation de huit solides musiciens, réglée au cordeau, dont le batteur français Manu Katché. Parmi ces nouveaux titres séduisants et souvent à teneur mélancolique, je retiens notamment une émouvante chanson « And still » dédiée à sa mère et un futur tube plus dynamique « Panopticom », dont le refrain est repris par la foule. Bien sûr il interprète aussi dans la seconde partie du concert de près de 3 heures quelques classiques incontournables comme «Sledgehammer » (voir la vidéo), « Solsbury Hill », « Big Time », « Don’t Give Up », en duo avec la brillante violoncelliste et chanteuse Ayanna Witter-Johnson. Ce spectacle enchanteur confirme qu’à 73 ans, Peter Gabriel tient une place à part dans le monde de la pop music, perfectionniste, généreux, respectueux de son public (il parle en français avec l’aide de notes) et de ses musiciens qu’il cite de nombreuses fois, et surtout toujours créatif et avide de nouvelles expérimentations. Un artiste unique.

vendredi 19 mai 2023

La mort de Danton

« La mort de Danton » à la Comédie Française est une pièce écrite par un auteur allemand, Büchner, (inconnu pour moi) qui retrace les 5 derniers jours de Danton, jouisseur de la vie et fervent opposant à la Terreur de Robespierre. Dans un décor unique à l’intérieur duquel les quelques meubles reconstituent les différents lieux dans lesquels les personnages vont évoluer (une chambre, le club des Jacobins, le Comité de Salut public, une prison, …), le spectateur assiste notamment aux débats qui voient s’opposer les modérés et les tenants d’une ligne dure mais est aussi témoin de la fraternité qui se noue en prison entre les jeunes condamnés qui doivent affronter, lors de leur dernière nuit, leurs désillusions et la peur de mourir (c’est le moment le plus émouvant). La mise en scène sobre dans le décor d’un salon, éclairé principalement par des bougies, qui permet de passer rapidement d’une scène à l’autre, est amplifiée par l’utilisation d’une bande sonore musicale qui accompagne la progression dramatique. Evidemment, les 17 acteurs de la Comédie Française sont remarquables (désolé Eglantine, mais les femmes ont des rôles secondaires), notamment Robespierre (Clément Hervieu-Léger) dont on ressent la rigueur implacable et Danton (Loïc Corbery), romantique, qui comprend que la Révolution a engendré un monstre et accepte son destin. En cela, dans cette période violente, cette pièce de théâtre montre des êtres profondément humains. Malheureusement, le texte est trop verbeux, la langue de certaines tirades est parfois incompréhensible (pourtant, contrairement à Valérie, je n’avais pas bu de vin avec mes sushis) et la durée de la représentation est trop longue (2 h 30), d’autant plus que le spectateur connaît déjà la fin ! Les spectateurs de la Comédie Française, certainement un public exigeant, ont applaudi sobrement la performance des acteurs et au retour, dans ma Smart vers notre pavillon de banlieue, Valérie me dit : j'aurais aimé voir les têtes tomber dans la panière. Depuis je ne dors plus la nuit !

dimanche 14 mai 2023

Roger Waters

Concert de Roger Waters (fondateur et principal compositeur de Pink Floyd, … pour ceux qui ne le sauraient pas !!!) hier soir à Bercy. A 79 ans il s’est lancé depuis un an dans une tournée d'adieu (mais peut être pas la dernière...) avec une set list différente des concerts précédents (notamment à La Défense Arena en 2018) qui s'appuyaient exclusivement sur les grands morceaux du groupe. Hier, il a chanté des morceaux de ses propres albums (qui n'ont pas eu beaucoup de succès), de l'album "The Wall" qu'il considère comme son chef-d'œuvre et, heureusement, des extraits de "Wish you where here", « Animals » et "Dark Side of the Moon". Personnage entier et controversé, il a été marqué par la mort de son père en Italie pendant la seconde guerre mondiale alors qu'il avait cinq mois. Inlassable militant anti militariste, il se sert de ses concerts pour faire connaître dans de longs discours parfois obscurs ses opinions politiques, mais de manière excessive : ainsi, chaque président américain depuis Ronald Reagan, y compris l'actuel président Joe Biden, est qualifié de criminel de guerre (et Poutine ?) ! Heureusement le show est impressionnant grâce au dispositif scénique (une immense scène divisée en quatre), aux superbes éclairages au rouge prédominant, à des triangles immenses en laser tout autour de la scène, aux écrans géants sur lesquels sont projetés des animations revendicatrices et des slogans à la sauce Waters comme « Si vous aimez Pink Floyd mais ne supportez pas que je me mêle de politique, allez-vous faire foutre au bar », à un son surpuissant et des musiciens impeccables, notamment Jonathan Wilson qui joue et chante les parties de David Gilmour (son ennemi historique). Le public est évidemment surtout venu pour écouter les morceaux du groupe qui nous avons tous vénéré lors de notre adolescence : « Comfortably Numb », « Another Brick in the Wall », « Have a Cigar », « Wish You Were Here », « Shine On You Crazy Diamond », « Run Like Hell », « Money », « Us and Them » (composée par Rick Wright le clavier sous-estimé mais si important du groupe, voir la vidéo), « Any Colour You Like », « Brain Damage » « Eclipse » mais malheureusement aussi un extrait de « The Final Cut » (Two Suns in the Sunset) l’album raté du groupe que personne n’écoute. Le final est beaucoup trop bavard, il reprend The Bar une chanson inédite (bof) et salue la salle qui repart probablement un peu déçue d’avoir assisté à un meeting politique et, parfois au second plan, à un spectacle d’un groupe majeur de la pop music. Roger Waters est attachant pour son idéal de paix et d'égalité mais j’avais payé 128 € (oui c’est cher, mais il s’est marié 5 fois et a donc 4 pensions alimentaires !) ……….. pour assister à un concert !

Big Mother

« Big Mother » est la troisième pièce de Melody Mourey, auteur (pardon autrice car ma fille Eglantine me lit !) de très grand talent, que vous avons découverte en 2018 avec « Les crapauds fous » (tirée d’une histoire vraie de deux médecins polonais pendant la seconde guerre mondiale), puis en 2021 au TAM avec « La course des géants » (l’histoire d’un jeune passionné d’astronomie dont la vie va basculer et qui va participer à la conquête spatiale). Alors qu’un scandale éclabousse le Président des Etats-Unis et agite la rédaction du New York Investigation, la journaliste Julia Robinson voit sa vie vaciller dans la salle d’audience d’un tribunal quand elle croit reconnaitre sur le banc des accusés son compagnon mort 4 ans auparavant. Son enquête pour élucider ce mystère croise celle de son équipe, et la petite cellule du New York Investigation se retrouve confrontée à un programme de manipulation de masse d’une ampleur inédite. Ensemble, malgré́ leurs différends, ils vont devoir mettre à jour le plus gros scandale depuis l’affaire du Watergate. Le spectateur est happé dans un thriller haletant qui ne laisse aucun répit, grâce à la virtuosité d’une mise en scène sur-vitaminée qui nous entraine du passé au présent, six comédiens éblouissants, drôles et touchants, à la folle énergie, qui passent instantanément d’un rôle à l’autre, l’utilisation de la vidéo et de la musique qui donnent une dimension cinématographique au spectacle, toujours en mouvement. Mais la réussite de cette pièce époustouflante, sur le thème général de la manipulation de masse à l’heure de la génération ultra connectée (X, Z, … je ne sais plus !), tient aussi à la qualité d’écriture de Melody Mourey, qui nous entraine tout au long du spectacle dans une histoire palpitante dont on ressort éreinté, captivé, effrayé et aussi amusé. Une réussite totale qui mérite les applaudissements enthousiastes des 200 spectateurs du petit théâtre des Béliers parisiens (seule ombre, on est mal assis !) où vous devez vous rendre sans tarder, au lieu de regarder des séries !