Le naturel éparpillement du rock en de multiples visages suscite parfois des réactions pessimistes sur le présent créateur d'une musique si riche de ses différences. " Aujourd'hui, le rock est sans âme, commercial ", dit Bob Dylan - qui vient d'enregistrer seize nouveaux titres - dans une récente interview au Washington Post. S'il est vrai que le système Muzak étend son influence et contribue à tout horizontaliser, des générations successives de musiciens revendiquent leur droit à l'existence et à la parole, combinent à leur manière lignes mélodiques et swing et créent une nouvelle magie, une nouvelle poésie dont la dimension humaine n'a rien à envier à celle des anciens.
Friands, cette année, du retour à la scène de Simon and Garfunkel, de Crosby, Atolls and Nash et des Animais, première formule, vivant pleinement la nouvelle révolution du vidéo-clip qui a envahi vingt-quatre heures sur vingt-quatre des chaînes câblées, les Américains s'ouvrent plus aisément aussi à ce qui vient du monde extérieur. L'extraordinaire succès remporté aux États-Unis par King Sunny Ade est à ce sujet éloquent. Formé il y a six ans, le groupe anglais Police a eu, par contre, du mal à s'imposer totalement outre-Atlantique. Ce n'est que depuis peu qu'il est considéré par les Américains comme un super-groupe.
Pourtant, Police est l'un des premiers groupes à s'être révolté non seulement contre l'industrialisation excessive du rock mais aussi contre les stéréotypes, un certain formalisme et le vieux rituel à quatre temps. Police a procédé au ravalement de la façade rock en trouvant une autre manière de jouer avec les sons, de mixer la voix soyeuse de Sting, la guitare d'Andy Summers et la batterie de Stewart Copeland, de combiner rock traditionnel et reggae.
C'est un concert magnifique que le groupe a offert mercredi 21 septembre à la Cipale, le vélodrome municipal du Bois de Vincennes. L'explosion de renouveau surgissait d'une musique éclatante d'invention, de maturité et d'énergie, où les harmonies très élaborées rencontraient avec bonheur le beat et où la diversité était une ligne de conduite.
Police est à présent en tournée dans les régions.
CLAUDE FLÉOUTER.
mercredi 21 septembre 1983
dimanche 26 juin 1983
Supertramp au Parc de Sceaux
Le rock n'a pas cessé d'appartenir au show business avec ses studios, ses radios et a toujours fait une énorme consommation de groupes. Quelques-uns de ceux-ci, faiseurs de tubes spécialement méritants, ont inondé le marché, récoltant plusieurs pelletées de disques d'or. Parmi eux les Moody Blues, Procol Harum, Grand Funk Railroad. C'est arrivé plus récemment à Supertramp.
Ces super-groupes n'abritent pas d'individualité en leur sein. Ils forment un tout. C'est ce qui fait leur force, mais aussi ce qui les condamne à un renouvellement perpétuel et donc un jour à la mort. Le son qu'ils ont à offrir est primitivement tissé, enregistré dans un studio considéré lui-même comme un véritable instrument. Les éléments de la réussite éventuelle sont mis au point une fois pour toutes : sous des dehors progressifs abordables pour le plus grand nombre, leur musique met en avant la joliesse de la mélodie, joue sur les harmonies vocales, sur une certaine pompe dans les arrangements, sur l'omniprésence d'un instrument (le mélotron chez les Moody Blues, le saxophone chez Supertramp), sur un travail minutieux plaqué sur un nombre restreint d'idées.
Composé d'un Américain (le batteur Bob Siebenberg) et de quatre Anglais vivant en Californie (Rick Davies et Roger Hodgson aux claviers, John A. Helliwell au saxophone et aux synthétiseurs, Dougie Thomson à la basse), Supertramp est le super-groupe commercial de la fin des années 70. Un album techniquement propre, produit en 1979 (Breakfast in America) et vendu à près d'un million d'exemplaires rien que dans l'Hexagone, a apporté aux cinq musiciens une renommée dont, à l'évidence, ils ne se sont pas encore tout à fait remis.
Dans le magnifique cadre du parc du château de Sceaux, Supertramp n'a d'ailleurs pas démérité. Sa musique est assez élaborée et n'est pas dépourvue d'un certain humour. C'est agréable à écouter mais ça ne bouleverse pas. Il manque le charme, l'alchimie d'une œuvre. Le Monde
Ces super-groupes n'abritent pas d'individualité en leur sein. Ils forment un tout. C'est ce qui fait leur force, mais aussi ce qui les condamne à un renouvellement perpétuel et donc un jour à la mort. Le son qu'ils ont à offrir est primitivement tissé, enregistré dans un studio considéré lui-même comme un véritable instrument. Les éléments de la réussite éventuelle sont mis au point une fois pour toutes : sous des dehors progressifs abordables pour le plus grand nombre, leur musique met en avant la joliesse de la mélodie, joue sur les harmonies vocales, sur une certaine pompe dans les arrangements, sur l'omniprésence d'un instrument (le mélotron chez les Moody Blues, le saxophone chez Supertramp), sur un travail minutieux plaqué sur un nombre restreint d'idées.
Composé d'un Américain (le batteur Bob Siebenberg) et de quatre Anglais vivant en Californie (Rick Davies et Roger Hodgson aux claviers, John A. Helliwell au saxophone et aux synthétiseurs, Dougie Thomson à la basse), Supertramp est le super-groupe commercial de la fin des années 70. Un album techniquement propre, produit en 1979 (Breakfast in America) et vendu à près d'un million d'exemplaires rien que dans l'Hexagone, a apporté aux cinq musiciens une renommée dont, à l'évidence, ils ne se sont pas encore tout à fait remis.
Dans le magnifique cadre du parc du château de Sceaux, Supertramp n'a d'ailleurs pas démérité. Sa musique est assez élaborée et n'est pas dépourvue d'un certain humour. C'est agréable à écouter mais ça ne bouleverse pas. Il manque le charme, l'alchimie d'une œuvre. Le Monde
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