vendredi 19 décembre 1986

Double Mixte (Michodière)

Dans son genre, c'est un chef-d'œuvre. Du comique fou absolu, qui vous empoigne, et surtout qui provoque en vous une adhésion enthousiaste, cette sorte d'excitation qui vous prend lorsque vous regardez les dernières foulées d'un 100 mètres, d'un steeple, ou quand l'attaque, au football, va marquer le but, mais là, avec Double mixte, ça ne dure pas dix secondes, mais deux heures, et c'est si enlevé, si brillant, qu'il n'est pas question d'arrêter le délire, de faire un entracte. L'histoire est celle d'un certain Bob Smith, à Londres, qui a deux épouses " légales ", dans deux domiciles conjugaux. Il est chauffeur de taxi (propriétaire de son engin), ce qui lui permet, en mentant sur ses horaires, sur ses jours d'arrêt de travail, de dispatcher ses devoirs d'époux entre ses deux moitiés. Accident de la circulation : Bob, dans le cirage, est emmené à l'hôpital, et il donne, à deux personnes différentes, deux adresses, l'une à Picadilly, l'autre à Soho. A partir de là, aventures, coups du sort, collisions, vont faire traînée de poudre, dans une corrida insensée qui emporte les deux épouses, les deux inspecteurs de police des deux quartiers, et les deux copains (Bob Smith le bigame et son ami Jeff). D'énorme mensonge en énorme mensonge, Bob Smith va faire preuve, à toute vitesse, d'une telle imagination et d'une telle présence d'esprit qu'au moment où, coincé de toute part, il avoue, à tout le monde réuni, la vérité, personne ne pourra le croire. Aucune caleçonnade. Ce n'est pas graveleux une seconde, ni vulgaire. C'est un miracle d'enchaînement dingue dynamique (Feydeau, à côté, est une tortue ramollo). Le dialogue, adapté par Jean-Loup Dabadie, est irrésistible de drôlerie pure et simple. Christian Clavier joue Bob Smith. Il fait ça à la Buster Keaton, c'est-à-dire que sous cette avalanche d'imprévus et de catastrophes, il reste de marbre. Mais cette impassibilité, qui fait merveille, est spéciale : ses yeux comme paralysés expriment à la fois l'ahurissement, le type pris de court, dépassé, la panique, l'abandon, la stupidité, la ruse, le je-m'en-foutisme, si bien que l'infinité du comique sauvage de la pièce est sans cesse traversée par le tragique, et par un retour très senti au réel : voilà un remarquable acteur. Excellents sont aussi Stéphane Bouy (le policier vachard), Marc Dudicourt (le policier papa gâteau qui ne voit le mal nulle part, et qui donne à cette farce sa note d'émotion fraternelle), Gérard Rinaldi (le copain Jeff qui n'est marié qu'une fois, et qui en bave), ainsi que Marie-Anne Chazel et Julie Arnold (les deux malheureuses). Tous sont dirigés au mieux par Pierre Mondy. Il semblerait que la morale de la pièce serait que la bigamie, ou, mieux, la polygamie, est une solution rêvée à la tristesse, aux frottements, à l'enfermement des ménages, et qu'en Angleterre il n'est pas difficile d'être marié deux fois, même si cela fait encourir, d'après l'inspecteur de Piccadilly, quinze ans de prison. Rappelons tout de même qu'en France, aux termes de l'article 340 du code pénal, la bigamie est un délit, punissable de six mois à trois ans, et de 500 à 30 000 francs d'amende. Comme l'acte de naissance, nécessaire pour se marier, porte normalement la mention du précédent mariage, un remariage illégal implique une complicité de l'officier d'état civil, qui encourt les mêmes peines, ou du moins sa négligence. La polygamie fait, dans de nombreux pays du monde, le bonheur des épouses, et c'est sans doute pour compenser sa sévérité à propos de la bigamie que la loi française a dépénalisé, en 1975, l'adultère : ce n'est plus un délit, il n'est pas punissable, il est tout au plus une cause de divorce, mais même pas une " cause péremptoire " : l'époux ou l'épouse convaincu (e) d'adultère ne voit pas nécessairement le divorce prononcé à ses torts. MICHEL COURNOT.

Mise en scène de Pierre Mondy ; pièce de Ray Cooney

avec Christian Clavier, Marie-Anne Chazel, Gérard Rinaldi

mardi 23 septembre 1986

La Maison du lac (Théâtre Montparnasse)

C’est l’été 1969, Kate et Tom Murphy, un vieux couple égoïste et tendre à l'automne de leurs vies, viennent comme chaque année passer les vacances dans leur maison de campagne posée au bord du lac, à Golden Pond dans le Maine (USA). Autant Tom, honorable ancien prof de grec à la retraite, est bourru à cause d’une santé délicate par suite d'une maladie de cœur, passant son temps sur le canapé à écouter la radio ou à lire le journal, autant son épouse Kate est dynamique et débordante de vie et de projets, le maternant malicieusement, alternant la tendresse et l’ironie. Les journées s'écoulent, rythmées entre l'arrivée le matin du facteur, Charlie, et le cri des canards colvert le soir dans le lointain. Sans avoir donné de nouvelles depuis des mois, leur fille, Claudia leur rend visite, le jour des 80 ans de Tom, flanquée de son nouvel ami Bill et du fils de ce dernier, Billy, enfant d’une autre femme. En conflit avec son père depuis toujours à cause de son comportement renfrogné, Claudia n’a jamais trouvé sa place près du couple centré sur lui-même. Au grand regret de Tom, ils n’ont pas eu de garçon mais une fille. Cependant, Claudia demande malgré tout à ses parents s'ils peuvent garder Billy le temps d'un petit voyage touristique en Europe. Le vieux couple va devoir apprivoiser l’adolescent qui perturbe sa tranquillité. Le jeune garçon, une tête de mule, jeune crétin attachant malgré tout, se retrouve alors seul face à des étrangers beaucoup plus âgés, sans amis ni occupations. Bien décidé à ne pas rester « coincé avec deux vieux croûtons », pendant l'absence de ses parents, les rapports entre Billy et le vieux Tom sont, dans un premier temps, orageux car ce dernier trouve le jeune insupportable et vulgaire. Mais leurs parties de pêche sur le Golden Pond vont les faire se rapprocher et une complicité inattendue va naître peu à peu entre les deux. A son retour, Claudia est contrariée de la relation que son père entretient avec ce garçon alors qu'il ne s'était jamais comporté ainsi avec elle. Claudia, révélant à ses parents qu’elle a épousé Bill, aura l’occasion d’avoir enfin un vrai dialogue avec son père. La relation d’amitié entre Tom et Billy va la forcer à ouvrir les yeux remettant en question les non-dits et les occasions manquées de tendresse entre le père et la fille. Mais Tom a un malaise et l’on sent bien que les années qu’il reste à ce vieux couple d’amants à se chamailler amoureusement, là où ils viennent depuis si longtemps, leur sont comptées. Reviendront-ils encore l’an prochain dans leur maison du lac ?

Edwige Feuillère : Kate Murphy Jean Marais : Tom Murphy Annick Blancheteau : Claudia Murphy Hervé Rey : Billy Alain Chevallier : Bill Yves Pignot : Charlie

lundi 9 juin 1986

Le Dindon (Théâtre Montansier)

Vatelin et sa femme Lucienne s’aiment. Rédillon, un ami du couple, courtise Lucienne depuis des années. Pontagnac, coureur de jupons notoire, a poursuivi Lucienne jusque chez elle et découvre que son mari n’est autre de son ami Vatelin, qui prend la situation avec humour. Tout se gâte quand revient Maggy, une ancienne maîtresse anglaise de Vatelin, qui menace de se suicider s’il lui refuse un rendez-vous. Lucienne a toujours juré qu’elle prendrait un amant sitôt prouvée l’infidélité de son mari. La mécanique est en place : qui sera le dindon de la farce ?…

mercredi 23 avril 1986

Quai Ouest (Théâtre de Nanterre)

Celle-ci se déroule « dans un quartier à l'abandon d'une grande ville portuaire occidentale ». Elle s'ouvre sur l'histoire de Maurice Koch qui veut en finir en faussant compagnie à sa secrétaire, Monique Pons, et en se jetant dans le fleuve. Il est repêché par Charles, dont les proches espèrent bien pouvoir profiter de ce sauvetage. La scénographie, conçue par Laurent Peduzzi, représente un no man's land portuaire inspiré des vieux docks de New-York. Toute l'intrigue repose sur des situations d'échange et de trafic où se joue l'appréhension de l'autre, des autres et de soi. Jean-Paul Roussillon interprète le rôle de Koch, Jean-Philippe Ecoffey celui de Charles. Maria Casarès joue Cécile, la mère de Charles. Rodolfe, le père de Charles et le mari de Cécile, est interprété par Jean-Marc Thibault tandis que Catherine Hiegel joue le rôle de Monique Pons, la secrétaire de Koch.

samedi 12 avril 1986

Faisons un rêve

Un mari trompant sa femme rentre chez lui au petit matin. Sans le savoir, il y retrouve son ami qui est également l'amant de son épouse, à qui il avoue tout de sa propre infidélité. L'ami entreprend alors de convaincre l'époux de prolonger son absence auprès de sa femme

Auteur(s) : Sacha Guitry Metteur(s) en scène : Jacques Rosny Acteur(s) : Alain Dupuy, Annie Sinigalia, Claude Rich, Pierre Maguelon

mardi 18 mars 1986

Elton John

Elton John a repris la route. Après la Grande-Bretagne, le voici en France, deuxième étape d'une tournée mondiale qui s'achèvera fin décembre en Australie. Porté par un nouveau plaisir de jouer, Elton John était au Palais des sports de Lyon, lundi. Il sera successivement cette semaine à Marseille, Montpellier, Nantes, Brest, Lille, avant de se produire à Paris cinq jours durant à partir du 18 mars dans un Palais de Bercy qui affiche d'ores et déjà complet. Elton John est un fidèle à l'image surchargée de rock-star extravagante et de showman étincelant, de clown illuminé et de compositeur raffiné, de pianiste fou sautillant à la manière d'E.T. et de magicien prompt à saisir les obsessions du moment. Tout chez lui tient de l'excès, de l'accumulation délirante. L'apparence : des vêtements multicolores sous une queue-de-cheval rousse de style Louis XV, un catogan démesuré noué à l'arrière des cheveux. La musique : une extraordinaire explosion de fantaisie avec une variété de styles survoltés, un rock brûlant, de grandes bouffées de lyrisme, toute une série de mélodies flamboyantes, de ballades qui éclatent littéralement d'invention et de richesse harmonique. Reginald Kenneth Dwight, dit Elton John, a trente neuf ans. C'est à l'aube des années 70 qu'il s'est imposé, comblant à l'époque un vide laissé par les Beattles. De ceux-ci, il avait hérité la perfection dans la fabrication, un électisme, et une formidable capacité d'adaptation, un talent qui irradiait. Avec Bernie Taupin, parolier fidèle, auteur de textes sur mesure, sensibles et subtils, Elton John allait offrir quelques titres magnifiques : Chloé, Breaking down Barriers, the Fox, et rejoindre, ce qu'il y a de plus pur dans la tradition de la musique populaire anglaise. Dix-sept ans après les débuts de son aventure, Elton John est resté un homme libre. Il a évité d'être broyé par l'industrie phonographique. Il a su échapper au rock stérile, fonctionnel, qui a tué tant de musiciens et de groupes. Plus que jamais il affirme sa présence ; son public rassemble à présent plusieurs générations. Et celle qui a entre dix-huit et vingt-cinq ans n'est pas la moins enthousiaste à recevoir les vieux classiques : le fougueux F. till standing, l'émouvant Blue Eyes, et l'une de ses plus belles ballades Sorry seems to be the hardest word. Au Palais des sports de Lyon le concert a été euphorique de bout en bout. Cent trente-cinq minutes éblouissantes. Ouvrant au piano solo sur une musique limpide, puis montant la tension jusqu'au paroxysme, Elton John a déversé des torrents de mélodies, d'harmonies et de swing. Soutenu par un groupe transformé en une puissante machine de précision (deux guitares dont le fidèle Davey Johnstone présent à côté du chanteur depuis quatorze ans, un synthétiseur, deux percussions, une section de cuivres et trois choristes), il a jeté son énergie tout son saoul, porté à bout de bras une salle à la fois survoltée et étrangement calme, fascinée par la rigueur et la sophistication de la musique, par la générosité de l'interprète, capable de présenter une chanson récemment écrite (Paris) non encore enregistrée. Comme toujours dans les concerts d'Elton John, la mise en lumière est splendide et elle suit avec invention et finesse les pulsions de la musique. CLAUDE FLÉOUTER.

vendredi 21 février 1986

L’âge de Monsieur est avancé (1986)

Un metteur en scène et deux acteurs travaillent sur une nouvelle pièce.

Interprétation François Périer Bernard Haller Caroline Cellier

Comédie des Champs-Élysées