mardi 18 mars 1986

Elton John

Elton John a repris la route. Après la Grande-Bretagne, le voici en France, deuxième étape d'une tournée mondiale qui s'achèvera fin décembre en Australie. Porté par un nouveau plaisir de jouer, Elton John était au Palais des sports de Lyon, lundi. Il sera successivement cette semaine à Marseille, Montpellier, Nantes, Brest, Lille, avant de se produire à Paris cinq jours durant à partir du 18 mars dans un Palais de Bercy qui affiche d'ores et déjà complet. Elton John est un fidèle à l'image surchargée de rock-star extravagante et de showman étincelant, de clown illuminé et de compositeur raffiné, de pianiste fou sautillant à la manière d'E.T. et de magicien prompt à saisir les obsessions du moment. Tout chez lui tient de l'excès, de l'accumulation délirante. L'apparence : des vêtements multicolores sous une queue-de-cheval rousse de style Louis XV, un catogan démesuré noué à l'arrière des cheveux. La musique : une extraordinaire explosion de fantaisie avec une variété de styles survoltés, un rock brûlant, de grandes bouffées de lyrisme, toute une série de mélodies flamboyantes, de ballades qui éclatent littéralement d'invention et de richesse harmonique. Reginald Kenneth Dwight, dit Elton John, a trente neuf ans. C'est à l'aube des années 70 qu'il s'est imposé, comblant à l'époque un vide laissé par les Beattles. De ceux-ci, il avait hérité la perfection dans la fabrication, un électisme, et une formidable capacité d'adaptation, un talent qui irradiait. Avec Bernie Taupin, parolier fidèle, auteur de textes sur mesure, sensibles et subtils, Elton John allait offrir quelques titres magnifiques : Chloé, Breaking down Barriers, the Fox, et rejoindre, ce qu'il y a de plus pur dans la tradition de la musique populaire anglaise. Dix-sept ans après les débuts de son aventure, Elton John est resté un homme libre. Il a évité d'être broyé par l'industrie phonographique. Il a su échapper au rock stérile, fonctionnel, qui a tué tant de musiciens et de groupes. Plus que jamais il affirme sa présence ; son public rassemble à présent plusieurs générations. Et celle qui a entre dix-huit et vingt-cinq ans n'est pas la moins enthousiaste à recevoir les vieux classiques : le fougueux F. till standing, l'émouvant Blue Eyes, et l'une de ses plus belles ballades Sorry seems to be the hardest word. Au Palais des sports de Lyon le concert a été euphorique de bout en bout. Cent trente-cinq minutes éblouissantes. Ouvrant au piano solo sur une musique limpide, puis montant la tension jusqu'au paroxysme, Elton John a déversé des torrents de mélodies, d'harmonies et de swing. Soutenu par un groupe transformé en une puissante machine de précision (deux guitares dont le fidèle Davey Johnstone présent à côté du chanteur depuis quatorze ans, un synthétiseur, deux percussions, une section de cuivres et trois choristes), il a jeté son énergie tout son saoul, porté à bout de bras une salle à la fois survoltée et étrangement calme, fascinée par la rigueur et la sophistication de la musique, par la générosité de l'interprète, capable de présenter une chanson récemment écrite (Paris) non encore enregistrée. Comme toujours dans les concerts d'Elton John, la mise en lumière est splendide et elle suit avec invention et finesse les pulsions de la musique. CLAUDE FLÉOUTER.

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