dimanche 29 mars 1987

Tina Turner (Bercy)

« Comme un sombre écho au concert de Cyndi Lauper, deux semaines auparavant : Tina Turner est une véritable dame, ayant vécu, souffert, sué et galéré plutôt deux fois qu’une, ayant payé de sa personne plus que toute autre artiste peut-être. Tina a une voix, une présence, une énergie imbattables… Et au bout de ce spectacle high tech beaucoup trop « à l’américaine », engloutie dans un mur sonore qui ne rend pas hommage à son immense talent, voilà Tina l’exceptionnelle qui nous laisse presque indifférents, simplement intéressés par le spectacle, et assommés par le volume sonore. Pour être un peu plus factuel dans ma description de ce concert, rappelons que Tina est en pleine tournée "Break Every Rule", supportant l’album du même nom qui connaît un succès colossal à travers le monde, que cette tournée s’annonce comme la plus importante jamais conduite par une artiste féminine, et qu’il s’agit de la seconde de trois soirées consécutives – sold out - à Bercy. La setlist, a priori la même tous les soirs – on est bien dans un super-spectacle rôdé et calibre, techniquement parfait, mais sans aucune place laissée à l’improvisation – est basée sur les succès récents de la nouvelle carrière solo de Tina, et bien entendu amplement pourvue de reprises de « classiques » comme Acid Queen de Tommy, Help des Beatles, Proud Mary de Creedence, et le titre qu’on attend tous forcément comme LE sommet de la soirée, le Nutbush City Limit trépidant de Ike & Tina Turner… »

samedi 14 mars 1987

Ce soir on improvise (Théâtre de la Ville)

Une représentation pleine d'embûches du Trouvère, un metteur en scène nommé Hinkfuss (Christian Blanc) qui revendique la paternité pleine et entière du spectacle, des comédiens, des gens qui se jouent la comédie, ou plutôt le drame. Ce soir on improvise est la pièce pirandellissime de Pirandello, l'une des plus difficiles à monter, tant elle est chaotique, tant elle passe sans arrêt du jeu simple au jeu dans le jeu. Cependant, elle offre une grande liberté d'invention aux metteurs en scène, justifie à l'avance ces libertés revendiquées par Hinkfuss et comme il est ridicule, ils s'accordent sans danger un brin d'autodérision. Lucian Pintilié au Théâtre de la Ville accentue l'éclatement des actions, les modernise en utilisant les moyens du cinéma, mais garde le style années 20 dans les costumes. Pour les costumes et les décors, comme d'habitude, il travaille avec Radu et Miruna Boruzescu, qui s'en sont donné à coeur joie. Ça brille, ça scintille, ça ruisselle de richesses _ l'ennui c'est que Pirandello décrit à travers les ringards d'un opéra miteux la vie d'une petite ville sicilienne coincée dans l'hypocrisie. La distribution est éclatante _ Maria Casarès, Jean-Marc Thibault, Maud Rayer, Michel Raskine, Anne Alvaro, Michèle Goddet, Nada Strancar... Mais personne n'a le loisir d'installer l'amorce d'une scène. Les acteurs ne cessent de courir, de hurler, d'arriver par la salle, de grimper, de s'interrompre, de faire semblant de faire semblant. Alors, quand à la fin Nada Strancar doit, dans une grande scène pathétique, installer l'ambiguité du vrai faux et du faux vrai, malgré son talent et sa maitrise, c'est trop tard pour y croire. Le Monde