Une représentation pleine d'embûches du Trouvère, un metteur en scène nommé Hinkfuss (Christian Blanc) qui revendique la paternité pleine et entière du spectacle, des comédiens, des gens qui se jouent la comédie, ou plutôt le drame. Ce soir on improvise est la pièce pirandellissime de Pirandello, l'une des plus difficiles à monter, tant elle est chaotique, tant elle passe sans arrêt du jeu simple au jeu dans le jeu. Cependant, elle offre une grande liberté d'invention aux metteurs en scène, justifie à l'avance ces libertés revendiquées par Hinkfuss et comme il est ridicule, ils s'accordent sans danger un brin d'autodérision.
Lucian Pintilié au Théâtre de la Ville accentue l'éclatement des actions, les modernise en utilisant les moyens du cinéma, mais garde le style années 20 dans les costumes. Pour les costumes et les décors, comme d'habitude, il travaille avec Radu et Miruna Boruzescu, qui s'en sont donné à coeur joie. Ça brille, ça scintille, ça ruisselle de richesses _ l'ennui c'est que Pirandello décrit à travers les ringards d'un opéra miteux la vie d'une petite ville sicilienne coincée dans l'hypocrisie.
La distribution est éclatante _ Maria Casarès, Jean-Marc Thibault, Maud Rayer, Michel Raskine, Anne Alvaro, Michèle Goddet, Nada Strancar... Mais personne n'a le loisir d'installer l'amorce d'une scène. Les acteurs ne cessent de courir, de hurler, d'arriver par la salle, de grimper, de s'interrompre, de faire semblant de faire semblant. Alors, quand à la fin Nada Strancar doit, dans une grande scène pathétique, installer l'ambiguité du vrai faux et du faux vrai, malgré son talent et sa maitrise, c'est trop tard pour y croire. Le Monde
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