Le sujet de la pièce a été inspiré à Gardner par deux hommes âgés qu'il a rencontré à Central Park à New York. Les deux personnages principaux sont Nat Moyer, un juif enthousiaste, et Midge Carter, un afro-américain acariâtre.
samedi 12 novembre 1988
mercredi 22 juin 1988
Pink Floyd (Versailles)
La série de concerts-événements, ouverte par Bruce Springsteen dimanche 19 juin à l'hippodrome de Vincennes devant soixante mille spectateurs, se poursuit par le retour des briscards de Pink Floyd, qui se permettent, après dix ans de retraite, d'attirer probablement en deux jours plus de spectateurs (cent soixante mille) que Michael Jackson (cent mille prévus les 27 et 28 juin au Parc des Princes).
Il est vrai que la France a toujours été le pays de prédilection de Pink Floyd. C'est chez nous que le groupe a trouvé son essor à la fin des années 60. C'est dans l'Hexagone qu'il a réalisé plus tard diverses expériences, notamment les bandes sonores de More et de la Vallée, les films réalisés par Barbet Shroeder.
Pink Floyd n'a vraiment jamais été un groupe comme les autres. Rick Wright, Nick Mason, Roger Waters et David Gilmour ont cherché, essayé beaucoup de possibilités, progagé en son temps le light show, multiplié les concerts avec les feux d'artifice et une artillerie d'effets spéciaux, développé l'idée d'un spectacle total, mêlé le rock et les ruines d'une civilisation (à Pompéi), le rock et l'image, le rock et la danse (avec la compagnie de Roland Petit), le rock et le classique (Atom Heart Mother, avec choeurs et orchestre classique). C'est sans doute pourquoi le groupe fondé à Londres il y a vingt-deux ans a touché un public plus large que celui du rock.
Aérienne et structurée, délirant de sons, de cris et de lumière, aux frontières du rêve et de la science-fiction, la musique de Pink Floy, que les Anglais ont, un jour, étiquetée comme du " space rock ", a exploré des espaces intérieurs, mis l'accent aussi sur une dimension esthétique très pure.
Curieusement, Pink Floyd a connu plusieurs leaders. Le premier, Syd Barrett, trouva le nom de la formation, composa les thèmes du premier album (The Piper at the Gates of Dawn), avant de décrocher, victime de l'ère psychédélique. Le second, Roger Waters, inspira ses compagnons durant toutes Les années 70, fut l'organisateur des grandes productions comme Atom Heart Mother, The Wall et surtout Dark Side of the Moon, le plus gros succès de Pink Floyd en France (plus d'un million d'albums vendus) et aux Etats-Unis, une oeuvre dense où le groupe parlait de stress, de folie et de mort dans la société contemporaine. Le troisième, David Gilmour, vient de ressusciter l'ensemble contre les volontés de Roger Waters.
Bien avant le dernier album en compagnie de Waters (The Final Cut), Pink Floyd avait libéré ses membres des contraintes d'une aventure commune. Et ceux-ci, après quelques albums en solo sans éclat particulier, s'étaient retirés. Le retour du groupe autour de David Gilmour a d'abord des motifs financiers. " C'est notre métier de jouer ", ont simplement affirmé les musiciens lors de leur conférence de presse le jeudi 9 juin à Versailles. Mais s'ils ont repris la route, c'est aussi parce qu'ils ont voulu sortir de la brume nostalgique où ils se perdaient. Roger Waters ne souhaitait pas cette résurrection et il a fait valoir ses droits en ce sens : il a fallu une décision de la justice britannique pour que Pink Floyd puisse se reconstituer. Sans Waters. A charge pour David Gilmour, Rick Wright et Nick Mason de prouver qu'ils ont le pouvoir à eux trois de recomposer la magie du passé.
Pink Floyd numéro 3 se présente, bien entendu, avec un son en quadriphonie et un équipement de lumières sophistiquées. Dans le site grandiose de la place d'armes du château de Versailles, il donnera sa nouvelle version d'un grand spectacle de rock dans une explosion de laser et de fumigènes. Il fera un inventaire de l'aventure du groupe : Money, Mother Brick in the Wall, Shine on you Crazy Diamonds, Welcome to the Machine, et aussi des extraits de l'album récemment paru sans Roger Waters, A Momentary Lapse of Reason : une absence momentanée de raison... (1) Qualificatif qui ne correspond nullement à ce retour plus qu'honorable d'un des groupes superstars de l'histoire du rock.
Le Monde
dimanche 29 mai 1988
Leonard Cohen (Le Grand Rex)
Les années n'ont décidément pas de prise sur Leonard Cohen, qui a su garder autour de lui un public étonnamment fidèle, comme on le voit encore en cette fin de semaine au Grand Rex, où se produit l'auteur de Suzanne et de Bird on a Wire. Sorti d'une retraite apparente mais ayant préparé sa rentrée six mois durant par la publication d'un nouvel album (I'm your man, chez CBS) et par une tournée de promotion sur le continent, Leonard, cinquante-quatre ans, garde son étrange allure de clergyman aux cheveux gominés et à la voix tout en murmures, à la sensualité lasse.
Ce pragmatique, au fond de lui-même chaleureux et fraternel, qui se livre avec infiniment de pudeur et de générosité mêlées, se bonifie même avec l'âge. Sans se précipiter, en laissant aller les choses un peu à la manière de l'artisan, Cohen travaille de plus en plus ses chansons : ses poèmes à la beauté classique et ses musiques, à qui il offre de plus en plus d'espace et qui se sont successivement ouvertes au jazz, au rock, à la valse, à la country.
Leonard Cohen a prouvé sa vitalité dans le passé : il a su prendre tranquillement plusieurs virages, s'adapter par exemple à un monde plus complexe que celui des années 60. Il a dépassé ses propres contradictions pour trouver ce qu'il nomme lui-même " non-malice ", " non-certitude ".
Son concert au Grand Rex a une touche personnelle précieuse et intemporelle : celle des confidences chuchotées, des amours blessées, des désespoirs mâtinés d'ironie, des visites impromptues et des valses se heurtant au blues. Nouveauté chez Cohen : il va plus loin dans la recherche des contrastes musicaux et des sonorités nouvelles.
Le Monde
mardi 19 avril 1988
Michel Jonasz (Casino de Paris)
La Fabuleuse Histoire de Mister Swing est un spectacle ainsi qu'un double album public de Michel Jonasz, sorti en 1988.
L'idée de monter un spectacle uniquement à partir de chansons inédites a constitué un véritable défi, réussi puisque l'album est disque de platine. Michel Jonasz raconte l'histoire de « Mister Swing », laveur de voitures devenu chanteur. Le show, créé à La Cigale puis prolongé au Casino de Paris a été un succès. Michel Jonasz remporte en 1988 la Victoire de la musique du spectacle musical de l'année.
samedi 27 février 1988
Le secret (Montparnasse)
Constant Jannelot a "une très belle fortune". Il la tient de ses parents, il se tourne les pouces, sa seule occupation est de peindre à l'huile deux ou trois croûtes par an et d'offrir d'excellents diners aux critiques d'art qui lui offrent _ retour d'ascenseur _ d'excellents articles.
Gabrielle Jannelot, son épouse, a un méchant fond sous des dehors généreux. C'est l'un des "secrets" de la pièce. Gabrielle est un monstre de jalousie, d'envie. Elle ne supporte pas de voir le bonheur d'autrui. "Une criminelle", dira son mari lorsqu'il aura compris la chose, au dernier acte, "elle fait le mal avec passion, une passion constante et sombre". Gabrielle, entre autres méfaits, brise les ménages.
Sa meilleure amie, Henriette, est veuve: le mari est mort dans un accident de la route (Bernstein ne nous dit pas si Gabrielle avait trafiqué les freins de la voiture). Henriette a manqué se remarier avec un séduisant amoureux, Charlie Ponta: Gabrielle a saboté cela, par des mensonges.
Un nouveau candidat, fou d'Henriette, apparait: Denis Le Guenn, diplomate et "une très belle fortune". Le critique dramatique Brisson remarquait que Bernstein situait son théâtre " dans des boudoirs de milliardaires ". Mais pourquoi pas, Bernstein était très riche lui-même, son papa, Marcel, avait fait fortune en important du guano, tout comme ce marquis de la pièce de Labiche Doit-on le dire qui nous précise : " Le guano ce sont des inconvenances d'oiseaux qu'on réduit en poudre pour l'agriculture ".
Denis Le Guenn a l'imprudence de se confier à la méchante Gabrielle : il souffre d'un mal atroce, la jalousie du passé. S'il apprenait un jour, dit-il, qu'Henriette a aimé un autre homme, il vivrait un martyre, et s'enfuirait au bout du monde.
Gabrielle est là
Soyez tranquille, lui dit Gabrielle, qui ne trouve rien de mieux à faire que d'inviter, ensemble, Henriette et Le Guenn, jeunes mariés, et Charlie Ponta, l'ancien amant d'Henriette, dans une villa proche de Deauville.
Nous voici dans la villa. Ici, Henry Bernstein se laisse aller à ce que Jacques Copeau appelait " un procédé de théâtre franchement sommaire et qui surprend sous la main d'un dramaturge aussi rusé que l'est M. Bernstein " : c'est que l'innocent Le Guenn s'entiche furieusement de Charlie Ponta, ne le lâche plus, l'oblige à partager des parties de tennis, de bridge. Et Bernstein va tout droit au bon adage : " chance de cocu " : " Quand Ponta est de la partie, jubile Le Guenn, je deviens imbattable." La salle est ravie, croule de rires. Bien sûr.
Mais tout va se gâter : Gabrielle est là pour ça. Le Guenn et Ponta vont se battre dans le couloir, un vrai pugilat. N'ayez pas peur, tout s'arrangera. " Mon petit mari bien-aimé, je t'appartiens ", dit Henriette à Le Guenn, qui lui donne " un baiser passionné ". " Je me reconnais une infâme, j'ai suivi mon atroce instinct ", avoue Gabrielle à son mari qui la rassure : " Mais je t'aime ! "
Les dialogues du Secret sont, c'est visible, super-brûlants, et, qui plus est, Bernstein tenait à ce qu'ils soient dits à très haute tension, il l'indique sans cesse dans le texte, c'est assez drôle. Exemple : " GABRIELLE (un appel rauque !). _ Henriette ! _ HENRIETTE (avec un rire et un visage d'horreur). _ Ha, ha, ha!... tout était vrai! _ GABRIELLE (intensément). _ Henriette, écoute-moi !... "
Henri Bernstein, qui a obtenu des succès énormes de 1900 à 1940, n'était pas n'importe qui. Robert Kemp raconte ainsi son apparition : " En 1902, Bernstein arrive comme un jeune Hercule. Sa brutalité secoue l'engourdissement des théâtres. Bernstein fait le bousculeur. " Et notons qu'il fut joué, dès ses débuts, par les plus grands acteurs, Lucien Guitry, Simone, Le Bargy, ou Gémier, qui n'était pas qu'un comédien de " boulevard " puisqu'il avait créé Ubu roi.
Les actuels directeurs du Théâtre Montparnasse, Myriam de Colombi et Jérôme Hullot, alertés peut-être par l'adaptation qu'a faite Alain Resnais de l'oeuvre de Bernstein, Mélo, ont fait " le bon choix " : le Secret est l'une des meilleures pièces de l'auteur, sans doute même la meilleure. Les deux jalousies, la jalousie-envie de Gabrielle Jannelot et la jalousie rétrospective de Denis Le Guenn sont bien vues. Mis à part l'engouement trop voulu et trop souligné de Le Guenn pour Charlie Ponta, les actes sont bien construits, et apparemment bien écrits car les acteurs passent sous silence les bouts de phrase trop lourds.
Serge Moati avait commencé la mise en scène, qui a été reprise par Andréas Voutsinas, lequel est un vrai spécialiste de ce théâtre psychologique old-fashioned. les robes d'Henriette et de Gabrielle, signées Loris Azzaro, sont d'une splendeur un peu trop voyante, cela ressemble à un défilé de collection de haute couture, mais ce défaut (agréable) va coopérer au succès de cette soirée, qui pourrait bien durer plus d'une saison.
Fabrice Lucchini (Le Guenn) est très inventif, drôle, brillant. Pierre Vaneck (Jannelot) parfait de tenue. Nicole Jamet (Henriette) juste et charmante. Et Anny Duperey (Gabrielle, rôle numéro un) sait donner, tant elle maitrise son jeu, l'étrange " passion sombre " étudiée par Bernstein.
Le Monde
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