Les années n'ont décidément pas de prise sur Leonard Cohen, qui a su garder autour de lui un public étonnamment fidèle, comme on le voit encore en cette fin de semaine au Grand Rex, où se produit l'auteur de Suzanne et de Bird on a Wire. Sorti d'une retraite apparente mais ayant préparé sa rentrée six mois durant par la publication d'un nouvel album (I'm your man, chez CBS) et par une tournée de promotion sur le continent, Leonard, cinquante-quatre ans, garde son étrange allure de clergyman aux cheveux gominés et à la voix tout en murmures, à la sensualité lasse.
Ce pragmatique, au fond de lui-même chaleureux et fraternel, qui se livre avec infiniment de pudeur et de générosité mêlées, se bonifie même avec l'âge. Sans se précipiter, en laissant aller les choses un peu à la manière de l'artisan, Cohen travaille de plus en plus ses chansons : ses poèmes à la beauté classique et ses musiques, à qui il offre de plus en plus d'espace et qui se sont successivement ouvertes au jazz, au rock, à la valse, à la country.
Leonard Cohen a prouvé sa vitalité dans le passé : il a su prendre tranquillement plusieurs virages, s'adapter par exemple à un monde plus complexe que celui des années 60. Il a dépassé ses propres contradictions pour trouver ce qu'il nomme lui-même " non-malice ", " non-certitude ".
Son concert au Grand Rex a une touche personnelle précieuse et intemporelle : celle des confidences chuchotées, des amours blessées, des désespoirs mâtinés d'ironie, des visites impromptues et des valses se heurtant au blues. Nouveauté chez Cohen : il va plus loin dans la recherche des contrastes musicaux et des sonorités nouvelles.
Le Monde

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