samedi 16 septembre 1989

Muriel Robin au Théâtre du Splendid

La tête carrée, le cheveux roux et ras, la voix rauque, l'allure forte, volontariste, Muriel Robin propose depuis le début de la semaine un nouveau spectacle au Théâtre du Splendid et fait chaque soir la joie d'une salle pleine à craquer. Muriel Robin est comédienne de formation. Au Conservatoire, elle a travaillé dans la classe de Michel Bouquet, qui lui disait constamment : " Joue la situation! " Puis elle a voyagé avec une jeune troupe du Sud-Ouest qui présentait Regnard et Musset. " Remontée " ensuite à Paris, elle est devenue pensionnaire du Petit Théâtre de Bouvard, où, comme tant d'autres humoristes d'aujourd'hui, elle a appris à imaginer des sketches, à évoluer sur un plateau, à passer un pont avec un large public. " Au Petit Théâtre de Bouvard, dit Muriel Robin, on ne se faisait pas un nom, simplement une gueule. " Elle a quitté l'équipe quand elle a senti le plaisir partir. Et avec un co-auteur, Pierre Palmade, elle a écrit un premier " one woman show ", présenté l'année dernière au Tintamarre. Muriel Robin illustre la nouvelle génération de comiques se produisant au café-théâtre ou à la télévision. L'humour, à présent, se fie moins à l'improvisation, se peaufine dans des sketches écrits en bande, roule sur un synopsis en suggérant des situations, en s'offrant une structure dramatique propre, en jouant même avec des ellipses. Excentrique _ d'où sans doute parfois la référence à une Jacqueline Maillan moderne un peu Fregoli, un peu clown, toujours drôle, Muriel Robin présente une série de sketches qui prennent appui sur un quotidien ordinaire, à peine appuyé, à peine décalé, et qui, rassemblés, forment une comédie de moeurs en huit actes : le salon de coiffure, les " mecs qui font du chantage affectif ", le racisme dans sa forme la plus banale _ un texte que Fernand Raynaud aurait pu écrire et interpréter. Le spectacle du Splendid est un petit événement : une nouvelle star comique est en train de naitre. Elle triomphe. Le Monde

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