vendredi 10 mars 2000

Le nouveau testament (Théâtre des Variétés)

Quoi de neuf en l'an 2000 ? Sacha Guitry ! Etonnant, non ? Pas tellement, à la réflexion : on n'a pas tellement l'occasion de rire, en ces temps hautement technologiques qui n'empêchent pas les catastrophes naturelles. Et puis, retrouver le vaudeville, que l'on n'a d'ailleurs jamais vraiment perdu, n'est-ce pas avoir l'assurance que rien n'a vraiment changé ici-bas ? Rien, en tout cas, ne peut dépayser dans cette pièce, créée en 1934 au Théâtre de la Madeleine, qui, en ce début de saison sinon de siècle, porte à trois le nombre de théâtres parisiens affichant Sacha Guitry (1). Elle débute avec la présence, dans un salon bourgeois, d'un valet s'autorisant quelques privautés en attendant son maître, elle parle d'amour ou plutôt d'adultère, de regrets et de mensonges... On est en terrain connu. Trop ? Qu'importe, si, après une mise en route un peu lente, on y prend plaisir ? Un médecin, marié depuis longtemps, trouve apparemment que sa vie devient ennuyeuse et décide de tout changer : il a déjà un nouveau majordome (indispensable pièce dans le jeu de Guitry) envahissant mais aimablement farfelu, il change ensuite sa secrétaire, troquant la vieille fille dévouée contre une jeunesse ravissante, et n'est pas loin de suggérer à sa femme que, peut-être, ils ne sont pas unis pour la vie... En réalité, il a vu sa femme en galante compagnie _ celle du fils de son meilleur ami ! _ dans un taxi. Mais n'en semble pas accablé. Simplement, c'est pour lui l'occasion de mettre enfin sa vie en ordre, en rédigeant un nouveau testament, qui tient compte des autres femmes qui, secrètement, comptent au moins autant dans sa vie. Et voilà que, stratagème voulu ou hasard providentiel, la veste contenant ce testament atterrit dans les mains de sa femme alors qu'elle peut le croire mort. Amusant, non ? Classique mais efficace Amusant, en effet. Parce que le ton de la comédie, ici, préfère l'humour au cynisme, pour dire l'usure de l'amour et du désir, et bien sûr la fourberie des femmes _ la misogynie attendue est bien au rendez-vous. Et aussi parce que, dans une mise en scène signée de l'orfèvre Bernard Murat, le Guitry de l'an 2000 a la chance d'être servi par un comédien merveilleux qui, justement, sait rester élégant, léger, et donne aux dialogues souvent ailleurs poussiéreux parce que trop appuyés du vieux maître une sorte de quasi-poésie et de vraie modernité. Entouré de Françoise Fabian, qui n'a pas le beau rôle, et de Pierre Vernier c'est, en effet, le délicieux, presque lunaire, ici, Jean-Pierre Marielle qui joue le malicieux deus ex machina, philosophe désabusé mais souriant. Aujourd'hui, propriétaire du Théâtre des Variétés, Jean-Paul Belmondo rassemble ainsi la fine équipe de ses beaux jours du Conservatoire... et nous offre un divertissement parfaitement classique, certes, voire convenu, mais parfaitement efficace.

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