vendredi 26 avril 2019

Fanny et Alexandre

Après "les Damnés", bouleversante adaptation du film de Visconti par Ivo van Hove que nous avions vue en 2017, la Comédie Française s'inspire du dernier film de Ingmar Bergman, "Fanny et Alexandre", sorti en 1982, pour proposer une véritable leçon de théâtre. Cette oeuvre testamentaire du grand cinéaste suédois est une fresque sur la vie d’une troupe de théâtre familiale, les Ekdhal, dirigée par Oscar dont la mort précipitée va conduire son épouse, Émilie, à s'unir à un très austère évêque dont la violence sanguinaire va bouleverser la vie de ses deux enfants, Fanny et Alexandre.
Dans ce spectacle brillant, le spectateur va passer d'un univers à l'autre, la réalité et le théâtre (une mise en abyme dirait ma fille Églantine), de la drôlerie au tragique, grâce à une scénographie intelligente, jouant sur l'ambiguïté du décor, qui semble mélanger le rêve, le cauchemar et la vie.
La pièce aborde les thème du couple, de la famille, de la mort et de l'innocence de la jeunesse, mais on comprend surtout que c'est une ode au théâtre que veut évoquer Bergman (et la metteur en scène Julie Deliquet), et qui donc mieux que la Comédie Française pouvait nous faire partager cet hommage à la magie des "arts de la scène", grâce à l'extraordinaire jeu de l'ensemble de la troupe de 20 comédiens-français (impossible de tous les citer), virtuoses dans leur art, qui ne semblent pas jouer un rôle mais vivre leur vie devant nous, simples spectateurs qui ressortent éblouis d'avoir eu le privilège d'assister à un grand moment de théâtre.


mercredi 24 avril 2019

Douce amer

C'est une pièce de Jean Poiret qui dépeint l'usure d'un couple dans les années 70 : Élisabeth (Mélanie Doutey) quitte son mari Philippe (Michel Fau) et séduit (chastement) trois prétendants très différents qui "combleront" sa solitude.
Le texte est intelligent mais un peu bavard : les dialogues sont savoureux (des "bons mots" à la pelle) souvent plein d'ironie mais très datés, dans la pure tradition du boulevard de l'époque.  Les deux acteurs principaux sont excellents (du charme et un peu de cabotinage) mais le reste de la distribution est moyen (surtout le "jeune").
Bref un spectacle sympathique mais vite oublié !


Le gros diamant du prince Lu

L'équipe des "Faux British" propose un nouveau spectacle, dans la même veine loufoque, qui raconte un braquage de banque mené par de vrais bras cassés dans l'Amérique des années 50 : sous fond de musiciens live, le spectateur suit des matons pas futés, des taulards en cavale, un pickpocket trop honnête, une amoureuse peu fidèle, un banquier colérique, ....
C'est drôle (après une demi heure), les acteurs sont sympathiques mais la mise en scène est parfois "cafouilleuse" (peut-être parce que la distribution est en alternance), l'humour est très basique et "téléphoné" et l'ensemble est surjoué (pour compenser la pauvreté du texte ?).
Un Molière pour cela !



mercredi 10 avril 2019

Le jeu de l'amour et du hasard

Voilà vraiment une de nos meilleures soirées de théâtre de l'année : Le thème de la pièce de Marivaux est connu : deux jeunes gens qui doivent se marier mais ne se connaissent pas, inventent un stratagème, troquer leurs habits de maîtres contre ceux des domestiques, pour se connaître sans être reconnus !
Tout s'est conjugué pour que le public, attentif, assiste à une représentation enthousiasmante et, de plus, particulièrement émouvante dans les dernières scènes.
Le décor qui représente le jardin d'un hôtel particulier sous les fenêtres du salon de musique, où joue une violoncelliste, laisse bien en vue le cadre de la scène et les coulisses du plateau imposant de la grande scène du TAM.
Les costumes sont élégants et bien coupés (dixit V., meilleure spécialiste que moi).
La mise en scène classique sans effets ni innovations technologiques, est rythmée et cherche avant tout à mettre en évidence le jeu des acteurs.
Et justement, la distribution est éblouissante, les couples se complètent aussi bien dans les rôles des maîtres Silvia et Dorante que dans les rôles des valets Lisette et Arlequin. Les autres rôles, le père et le frère sont justes. Mais il faut plus particulièrement signaler Laure Calamy (Lisette) irrésistible de drôlerie, Clotilde Hesme (Silvia) remarquable comédienne pleine de charme à la fois aristocratique et émouvante et Vincent Dedienne (Arlequin), très attendu (j'ai compris que c'est une vedette de la télé !),  qui apparaît comme une sorte de clown, toujours en mouvement, et créé tout de suite une complicité avec le public.
Le TAM a fait un triomphe à l'ensemble des acteurs (c'est rare) et nous sommes partis en nous disant que si la pièce dure près de deux heures, ....... on ne voit pas une minute passer !


lundi 8 avril 2019

ADA/AVA

ADA/AVA est un ovni dans le monde du spectacle vivant : une troupe de Chicago a créé un dispositif volontairement artisanal qui mêle théâtre d’ombres, marionnettes et musique en direct, narrant, sans parole, l'histoire de sœurs jumelles inséparables. La troupe de "Manual Cinema" utilise des moyens qu’on pourrait qualifier de "vintage" : rétroprojecteurs, films transparents, marionnettes articulées, musique jouée en direct comme au temps du cinéma muet, et 2 comédiennes qui incarnent les ombres d’Ada et Ava. Les membres de la compagnie déposent, retirent, superposent les transparents et les silhouettes de papier sur les rétroprojecteurs, dans une sorte de ballet parfaitement mis en place.
C'est émouvant, tendre, onirique et la frontière entre imaginaire et réalité est volontairement difficile à percevoir.
Ce spectacle est bluffant.


Le malade imaginaire

Le Malade Imaginaire est une des pièces mythiques de Molière et Daniel Auteuil a choisi de mettre en scène lui-même la comédie et d'interpréter, malicieux, émouvant et comme toujours avec talent, Argan. Dans une mise en scène sobre (trop ?) et dynamique, les acteurs tous attachants, mettent en valeur le génie comique de Molière (signalons cependant que certains comédiens avaient parfois un problème de diction).
J'ai beaucoup aimé ce spectacle sans artifice, traité comme une farce, qui m'a fait beaucoup rire (mais ce n'est pas le cas de toute l'équipe présente ce soir), touché par l'humanité et le manque d'amour de ce "malade imaginaire".
Enfin, il faut retenir le nom d'Aurore Auteuil tout simplement excellente dans son rôle de Toinette.