Rémo Forlani nous entraîne de son bistrot parisien dans une maison de santé à la campagne, la clinique Harmonique, où une charmante dame férue de naturisme, de diététique et d'homéopathie, régénère par la bonne humeur, des cocktails d'herbes et de fleurs des champs et des berceuses folkloriques le lot de neurasthéniques, d'anorexiques, d'allergiques et d'alcooliques dont la vie moderne, la publicité aidant, lui assure avec régularité le renouvellement. Ils sont soigneusement triés pour leur représentativité. Il y a le banquier suisse, la petite putain de Montmartre, l'écrivain raté, la libraire pour intellectuels du XVI e arrondissement, le prêtre ouvrier qui se cachait sous la défroque marxiste-léniniste d'un lecteur de Libération, et qui semble sorti d'un roman de M . Michel de Saint-Pierre récrit dans le style furieux par M . Jean Cau. On a mis dans sa bouche un de ces morceaux de bravoure que le public attend et applaudit de confiance. La chansonnette chez M . Rémo Forlani peut s'enfler d'un souffle pamphlétaire et la romance de carrefour se monter au ton du cantique d'assaut. Mais la satire, ici, n'est jamais ni acerbe ni méchante. Le fouet de M . Forlani est un petit martinet de branches de lilas qui chatouille plus qu'il ne fustige. Le Céline jovial ou le René Clair amer qui apparaissait par moments dans le café Snèffle a trempé un peu ses vertus dans un bol de tisane. Il s'est mis au régime de la clinique Harmonique. C'est un régime rafraîchissant. Dans une lumière printanière, sous la treille de raisins que l'usine à décors de M . Jacques Marillier a fournie, Mlle Micheline Luccioni et M . Dominique Paturel trinquent joyeusement avec leurs camarades à un succès que seule la critique s'est donné l'air de bouder.

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