mardi 30 décembre 1980

Zouc (Bobino)

Zouc réapparaît à Bobino et rouvre pour nous son " album ", son cahier d'images, de caricatures réalistes et tragiques dessinées avec une multiplicité de petits détails apparemment insignifiants, mais qui donnent la vie. Étonnante jeune femme vêtue de noir, cheveux tirés en arrière, et dont le corps corpulent, au premier abord déconcertant, est utilisé à merveille pour retracer les faits et gestes de l'existence. À l'encontre d'autres caricaturistes de la scène, les personnages, les instantanés saisissants de Zouc surgissent avec une grande innocence, avec une pureté infinie, sans repoussoir, rien qu'avec des élans intérieurs. Des êtres de chair et de sang, fortement présents, avec leurs singularités, leurs gestes, leur parler, leur silences, leur musique, peuplent brusquement la scène avec leur fougue, leur folie, leur démesure, avec leurs existences qui poursuivent naturellement leur propre continuité. Les gens et les choses de la vie défilent sous leur lumière crue, avec leur rudesse, leur violence et leur cruauté, leurs émotions et leur drôlerie, leur beauté aussi. La vieille femme aux mains arthritiques, une bosse dans le dos, raconte le feuilleton de la télévision, la petite fille pleure, l'infirmière de l'hôpital va d'un malade à l'autre, le dragueur du bal populaire va vite en besogne, la mondaine ne quitte pas le ton guindé et maniéré, Mme Fonalmeun gesticule, agacée, sans pouvoir raccrocher le récepteur du téléphone. Au dixième de seconde, mille personnages apparaissent ainsi sur scène et vivent intensément dans leur propre décor, leurs propres odeurs, sans que l'artiste ait besoin d'accessoire - ou si peu : une chaise, un mouchoir et un écran blanc. Le rire offert par Zouc est précieux, car il jaillit de la vie elle-même, et il repose sur une tendresse des gens et une forme d'optimisme. En dépit de tout. Le Monde

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire