samedi 18 mars 1989

Entre nous soit dit (La Bruyère)

Deux rites _ le thé et le gâteau d'anniversaire _ rythment le temps qui passe dans Entre nous soit dit du Britannique Alan Ayckbourn, un auteur et metteur en scène très prisé outre-Manche. Il affectionne la comédie, voire la farce, genres auxquels il injecte une bonne dose de noirceur et de satire sociale. Il y a ainsi dans Entre nous soit dit quelques dialogues édifiants sur la femme au foyer. Toute l'intrigue se noue autour de la voiture délaissée par Vera, épouse de Denis. Survient un voisin, Neil, intéressé par l'affaire. Pam, sa compagne, pourrait ainsi aller suivre des cours du soir et, qui sait, le laisser dormir tranquille. Le très rigide Neil et le sautillant Denis se prennent d'amitié. Entre Vera et Pam, l'ambiance est plus morose. A ce quatuor mal assorti, il convient d'ajouter la mère abusive de Denis, Marjorie. Dans l'ensemble, la vie manque d'alternative : on se retrouve soit pour prendre le thé, soit dans le garage où Denis ne cesse de bricoler, quoi qu'il advienne. Toute tentative de communication est sapée par ce quiproquo de situation. On se parle sans se comprendre et, pour finir, la terrible légèreté de Denis conduira Vera à la folie. Le Théâtre La Bruyère, que dirige Stephan Meldegg, est une scène privée parisienne de bonne tenue, où les auteurs contemporains ont leur place. Endossant le rôle du metteur en scène, le directeur de l'établissement a fait, peut-être inconsciemment, trop de concessions à la comédie. Son spectacle reste sagement réaliste. Il manque de folie, de rythme, les rires fusent bien souvent sur les situations les plus racoleuses de la pièce d'Ayckbourn qui, il est vrai, joue sur tous les tableaux dans cette comédie habile qui pourfend la lâcheté de Denis le rieur. Le spectacle vire au drame, bien sûr, mais de manière trop monolithique. Les acteurs, pourtant, sont corrects. Jean-Luc Moreau, hier docteur au chevet du malade de Copi/Lavelli, est parfait dans son rôle de quadragénaire gai et égoiste. Henri Garcin est Neil, impeccablement coincé et empesé, toujours en retard d'une guerre, mais lucide ("Les femmes ont besoin d'un roc, le problème c'est que moi je suis plutôt un flan", confesse-t-il). Attica Guedj est Pam, sa femme dévorée par l'ennui et le désir. En mère abusive, Yvonne Clech est irritante à souhait. Quant à Michèle Simonnet, elle joue Vera sur une belle et large palette, tout aussi maladroite et touchante dans son empressement au bonheur que dans sa honte du malheur. Le Monde

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