lundi 3 novembre 2014

Etienne daho (Olympia)

Quand dans une autre salle, trois rockers cacochymes étalaient leur cynisme, au diapason de leurs besoins fiscaux, pour une grande célébration du conservatisme yéyé, Daho bouclait ce jeudi un quatrième Olympia en toute légèreté, éternel jeune curieux contre vieilles canailles rétrogrades. L’Olympia, c’est le jardin d’Etienne. Le Boulevard des Capucines (dont il a fait une chanson terrible et poignante, qu’il ne joue pas sur cette tournée), c’est son boulevard de l’aube permanente quand tant d’autres y fermentent leur crépuscule. Il passe juste derrière Mireille Mathieu, les loges devaient encore sentir la naphtaline et la laque de rombière. En 1986, c’est sur ce fronton que s’alluma pour la première fois son nom en grosses lettres, et c’est à l’intérieur qu’explosa vraiment la Dahomania consécutive à l’album Pop Satori. Vingt-huit automnes plus tard, c’est encore sur l’hymne générique de son disque totem qu’il démarre son show, et de loin sa silhouette ultra-fit donne à croire qu’une machine à remonter le temps nous a reconduit dans les eighties. Le public est aussi fervent qu’à l’époque, certains sont peut-être les enfants des filles qui y laissèrent leurs cordes vocales. Mais très tôt, Daho aligne les titres les plus brûlants de son dernier album (Le Baiser du destin, L’Homme qui marche, En surface…), histoire de ne pas faire dans le trompe-l’œil démago, et si l’essentiel de ses tubes vont y passer (sauf Duel au soleil, Comme un igloo et Mon Manège à moi), ils passent surtout souvent au crash-test d’un groupe impitoyablement rock et en ressortent retaillés 2014. Visuellement, l’élégance du gars n’a d’égale que sa culture panoramique, et certains observateurs noteront une ressemblance opportune avec le Isolar II World Tour de Bowie (1978) qui donna l’album live Stage, avec ses panneaux qui clignotent et son beau dispositif lumineux. Edith Fambuena (la guitare de Saudade est son secret exclusif) fait une apparition, Jean-Louis Piérot aussi sur La Peau dure, et les trois miss cheveux lisses de Au Revoir Simone – qui assuraient la première partie – viennent faire du rab dans les chœurs des Chansons de l’innocence, avant que la salle entière ne fasse de même au rappel sur une version a capella de Week-end à Rome. Le Diskönoir Tour est pile à mi-parcours, il reste encore vingt dates à l’horizon, un double-album live arrivera sous le sapin (tiré des premières pressions à La Cité de la Musique au début de l’été) et Etienne Daho n’a jamais paru aussi heureux. C’est communicatif. Les Inrocks

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