jeudi 6 novembre 2014

Les Vieilles Canailles

Costards noirs, chemises blanches, les kids du 9e arrondissement sont dans la place. Eddy, Johnny et Dutronc, trois anciens minots du square de la Trinité, fans de rock américain, tiennent la scène du Palais omnisports de Paris-Bercy jusqu’au lundi 10 novembre. Les deux heures de ce spectacle, intitulé « Les Vieilles Canailles », sont nourries par une enfilade de tubes, ceux de Mitchell, Hallyday et Jacques. Des Playboys à Toute la musique que j’aime, ce sont vingt-trois chansons taillées au carré, trois minutes chrono, quatre peut-être, moteur ronflant, professionnalisme sans faille. La mécanique est parfaitement huilée. En scène, il y a de chacun dans le tout : le big band swingant d’Eddy Mitchell dans un décor de juke-box géant, les guitares électrisantes de Johnny (Yarol Poupaud) et son harmoniciste (Greg Zlap), les Ray Ban de Jacques Dutronc. Nos comparses de baby-boom connaissent par cœur le champ de leurs interventions, à l’aise dans Noir c’est noir, Pas de Boogie Woogie, Et moi et moi et moi, avec reformation du fan-club de Gene Vincent autour de Be-Bop A Lula. C’est sympa. Le public, bon enfant, rigole comme une catherinette quand Dutronc fredonne « J’aime les filles de chez Castel, j’aime les filles deeee Bercy ». Ils ont commis des péchés de jeunesse, ils le racontent, vite fait, parce qu’ils ne sont pas diserts. Par exemple, gamins, ils se sont fauchés mutuellement des disques. « Hallyday m’a offert un Charlie Parker, raconte Dutronc, où était écrit en gros au verso : Eddy ». De vraies canailles donc. Aux rappels, ils portent des blousons noirs, le costume qui faisait peur naguère, comme la casquette à l’envers aujourd’hui. Le concert des « Vieilles Canailles » serait un fleuve tranquille, n’était-ce l’impressionnant Johnny Hallyday. Dans la salle, ses fans sont venus en nombre. Lui est en voix, très en voix. En solo, le voici, de dos, dramatisant Le Pénitencier, avec longue introduction à l’orgue Hammond. Et Gabrielle, électrique, avec dans la salle sa forêt de mains levées, croisées en symbole de la prison quand « le patron » entonne « J’ai refusé, mourir d’amour enchaîné ». Dutronc et Mitchell ont suivi le cours du temps. Rieurs, ils aident à accepter le passage des années. Hallyday, qui fut malade et affaibli, parvient à ce singulier miracle : réveiller, comme si elle était intacte et invincible, la part de jeunesse qui sommeille en chacun. Le Monde



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