Le premier mystère de ce texte extraordinaire de Shakespeare réside dans le titre même : As you like it (Comme il vous plaira), comme si l’auteur voulait nous empêcher de formuler une affirmation trop catégorique quant à ses intentions. Il ne pouvait en être autrement pour un texte qui dégage, dès le titre, une profonde sensation de liberté, ou plus concrètement d’un exercice de liberté qui est le dernier qu’un être humain puisse dérober à un autre : la liberté de pensée pour imaginer, rêver…
Shakespeare utilise une fois de plus le théâtre comme métaphore pour éclairer une face du prisme qu’est l’être humain, pour tenter de comprendre et de nous faire comprendre son histoire, son passage en ce théâtre-monde.
mercredi 20 décembre 1989
samedi 4 novembre 1989
Un fil à la patte (Palais royal)
Le vicomte de Bois d'Enghien a décidé de se marier et souhaite se séparer de sa maîtresse Lucette, une chanteuse de café-concert. Manquant de courage, il n'ose lui avouer son prochain mariage, et va même jusqu'à renouer avec elle la veille de la cérémonie. De quiproquos en malencontreux hasards, tous ceux qui ne devraient surtout pas se rencontrer finissent par se croiser.
lundi 9 octobre 1989
Paul McCartney (Bercy)
Le spectacle commence par la projection d'un film de famille de luxe : presque trente ans de la vie d'un homme en dix minutes, sur trois écrans et en quadriphonie, réalisation de Richard Lester. En quelques chansons, de A Hard Day's Night à That Day is Done, le gospel déchirant (co-auteur Elvis Costello) sur Flowers in the Dirt, son dernier album, Paul McCartney rappelle qu'il a écrit et co-écrit en bonne partie la bande originale de cette moitié de siècle.
Ensuite, il apparait en chair et en os et raconte sa vie, accompagné de son épouse, Linda, aux claviers et aux choeurs incertains ainsi que de Hamish Stuart (ex-Average White Band) et Robbie McIntosh (ex-Pretenders) aux guitares, de Wix aux claviers de Chris Whitten à la batterie. Quand il était petit (Twenty Flight Rock d'Eddie Cochran, Ain't That a Shame de Fats Domino) et quand il était vieux (les titres de Flowers in the Dirt, dont une belle version de We Got Married). Mais ça, c'est pour montrer qu'il existait avant, qu'il venait de quelque part (le rockabilly et le rythm'n'blues) et qu'il a poursuivi son chemin vaille que vaille. Entre les deux, il y a eu dix ans de Beatles, auxquels McCartney consacre à peu près la moitié du show. Son regard est déconcertant : presque toutes les chansons sont jouées note pour note ; sur une grosse Rickenbaker rouge, Robbie MacIntosh rejoue les soli de George Harrison _ la brève poussée d'adrénaline de Can't Buy Me Love ou les petites phrases nettes et sèches de Back in USSR _ à l'identique. Seule la voix de McCartney s'est légèrement voilée et se brise plus tôt qu'avant dans les aigus. Et comme il est le seul chanteur du groupe, les harmonies vocales sont systématiquement massacrées par Stuart, McIntosh et Madame qui chante aussi faux que le veut sa légende.
Le show balance constamment entre l'euphorie d'entendre enfin sur scène, en vrai, quelques-unes des plus belles chansons du siècle, et un sentiment de gêne à voir cet homme très ordinaire, sauf par son talent, s'évertuer à retrouver une magie disparue à jamais, qui existe seulement par sa représentation. On finit par ressentir la même émotion trouble qu'à la visite d'un musée de cire. Et le concert se conclut sur la suite Golden Slumbers-Carry That Weight-The End qui fermait la deuxième face d'Abbey Road, le dernier album enregistré par les Beatles, comme si la vraie vie de Paul McCartney s'était arrêtée là.
A Hambourg, mercredi dernier, la ville où les Beatles ont fait leur classes, McCartney a quand même réussi à conjurer par moments ce malaise étrange. On ne pourra jamais s'empêcher d'être injuste avec McCartney, de lui reprocher de ne plus être ce qu'il a été. Et c'est vrai qu'il est un peu mesquin dans le choix des morceaux : pas une chanson ne porte la patte de John Lennon, ça n'aurait pourtant pas manqué d'élégance, mais c'est peut-être la qualité qui lui fait le plus défaut, comme en témoigne le goût douteux des rares effets scéniques. En même temps, on l'aimera toujours, presque pour les mêmes raisons, pour ses chansons (I Saw Her Standing Three, Hey Jude ou Maybe I'm Amazed) et malgré ses chansons (Let It Be, Ebony and Ivory), parce qu'il est gentil, parce qu'il est mièvre. Parce que sans lui, la vie ne serait pas la même.
Le Monde
samedi 16 septembre 1989
Muriel Robin au Théâtre du Splendid
La tête carrée, le cheveux roux et ras, la voix rauque, l'allure forte, volontariste, Muriel Robin propose depuis le début de la semaine un nouveau spectacle au Théâtre du Splendid et fait chaque soir la joie d'une salle pleine à craquer.
Muriel Robin est comédienne de formation. Au Conservatoire, elle a travaillé dans la classe de Michel Bouquet, qui lui disait constamment : " Joue la situation! " Puis elle a voyagé avec une jeune troupe du Sud-Ouest qui présentait Regnard et Musset. " Remontée " ensuite à Paris, elle est devenue pensionnaire du Petit Théâtre de Bouvard, où, comme tant d'autres humoristes d'aujourd'hui, elle a appris à imaginer des sketches, à évoluer sur un plateau, à passer un pont avec un large public. " Au Petit Théâtre de Bouvard, dit Muriel Robin, on ne se faisait pas un nom, simplement une gueule. " Elle a quitté l'équipe quand elle a senti le plaisir partir. Et avec un co-auteur, Pierre Palmade, elle a écrit un premier " one woman show ", présenté l'année dernière au Tintamarre.
Muriel Robin illustre la nouvelle génération de comiques se produisant au café-théâtre ou à la télévision. L'humour, à présent, se fie moins à l'improvisation, se peaufine dans des sketches écrits en bande, roule sur un synopsis en suggérant des situations, en s'offrant une structure dramatique propre, en jouant même avec des ellipses.
Excentrique _ d'où sans doute parfois la référence à une Jacqueline Maillan moderne un peu Fregoli, un peu clown, toujours drôle, Muriel Robin présente une série de sketches qui prennent appui sur un quotidien ordinaire, à peine appuyé, à peine décalé, et qui, rassemblés, forment une comédie de moeurs en huit actes : le salon de coiffure, les " mecs qui font du chantage affectif ", le racisme dans sa forme la plus banale _ un texte que Fernand Raynaud aurait pu écrire et interpréter.
Le spectacle du Splendid est un petit événement : une nouvelle star comique est en train de naitre. Elle triomphe. Le Monde
mercredi 14 juin 1989
Simply Red Zenith
Simply Red est un groupe de soul et de pop anglais formé à Manchester en 1985. Le leader du groupe, chanteur et auteur-compositeur Mick Hucknall était le seul membre original restant au moment où Simply Red s'est dissous en 2010. Ils ont sorti treize albums studio, de Picture Book (1985) à Time (2023), qui ont tous atteint le top dix du UK Albums Chart ; avec les albums A New Flame (1989), Stars (1991), Life (1995) et Blue (1998), ainsi que leur album Greatest Hits (1996), atteignant la première place. Leur album Stars de 1991 est l'un des albums les plus vendus au Royaume-Uni.
Le groupe a publié dix chansons qui ont atteint le top 10 du UK Singles Chart , dont " Stars ", " Angel " avec les Fugees , " The Air That I Breathe " et " Sunrise ", avec le single " Fairground " qui a atteint le sommet du UK Singles Chart . Leurs singles " Holding Back the Years " et " If You Don't Know Me by Now " ont tous deux atteint la première place du Billboard Hot 100 américain .
Aux Brit Awards de 1992 et 1993 , ils ont reçu le prix du meilleur groupe britannique. Ils ont reçu trois nominations aux Grammy Awards , dont une pour le meilleur nouvel artiste en 1987. Leur version de "If You Don't Know Me by Now" a valu aux auteurs-compositeurs Kenny Gamble et Leon Huff le Grammy Award de la meilleure chanson R&B . Le groupe s'est reformé en 2015. Simply Red a vendu plus de 50 millions d'albums.
Le groupe a publié dix chansons qui ont atteint le top 10 du UK Singles Chart , dont " Stars ", " Angel " avec les Fugees , " The Air That I Breathe " et " Sunrise ", avec le single " Fairground " qui a atteint le sommet du UK Singles Chart . Leurs singles " Holding Back the Years " et " If You Don't Know Me by Now " ont tous deux atteint la première place du Billboard Hot 100 américain .
Aux Brit Awards de 1992 et 1993 , ils ont reçu le prix du meilleur groupe britannique. Ils ont reçu trois nominations aux Grammy Awards , dont une pour le meilleur nouvel artiste en 1987. Leur version de "If You Don't Know Me by Now" a valu aux auteurs-compositeurs Kenny Gamble et Leon Huff le Grammy Award de la meilleure chanson R&B . Le groupe s'est reformé en 2015. Simply Red a vendu plus de 50 millions d'albums.
samedi 18 mars 1989
Entre nous soit dit (La Bruyère)
Deux rites _ le thé et le gâteau d'anniversaire _ rythment le temps qui passe dans Entre nous soit dit du Britannique Alan Ayckbourn, un auteur et metteur en scène très prisé outre-Manche. Il affectionne la comédie, voire la farce, genres auxquels il injecte une bonne dose de noirceur et de satire sociale. Il y a ainsi dans Entre nous soit dit quelques dialogues édifiants sur la femme au foyer.
Toute l'intrigue se noue autour de la voiture délaissée par Vera, épouse de Denis. Survient un voisin, Neil, intéressé par l'affaire. Pam, sa compagne, pourrait ainsi aller suivre des cours du soir et, qui sait, le laisser dormir tranquille. Le très rigide Neil et le sautillant Denis se prennent d'amitié. Entre Vera et Pam, l'ambiance est plus morose. A ce quatuor mal assorti, il convient d'ajouter la mère abusive de Denis, Marjorie.
Dans l'ensemble, la vie manque d'alternative : on se retrouve soit pour prendre le thé, soit dans le garage où Denis ne cesse de bricoler, quoi qu'il advienne. Toute tentative de communication est sapée par ce quiproquo de situation. On se parle sans se comprendre et, pour finir, la terrible légèreté de Denis conduira Vera à la folie.
Le Théâtre La Bruyère, que dirige Stephan Meldegg, est une scène privée parisienne de bonne tenue, où les auteurs contemporains ont leur place. Endossant le rôle du metteur en scène, le directeur de l'établissement a fait, peut-être inconsciemment, trop de concessions à la comédie. Son spectacle reste sagement réaliste. Il manque de folie, de rythme, les rires fusent bien souvent sur les situations les plus racoleuses de la pièce d'Ayckbourn qui, il est vrai, joue sur tous les tableaux dans cette comédie habile qui pourfend la lâcheté de Denis le rieur. Le spectacle vire au drame, bien sûr, mais de manière trop monolithique.
Les acteurs, pourtant, sont corrects. Jean-Luc Moreau, hier docteur au chevet du malade de Copi/Lavelli, est parfait dans son rôle de quadragénaire gai et égoiste. Henri Garcin est Neil, impeccablement coincé et empesé, toujours en retard d'une guerre, mais lucide ("Les femmes ont besoin d'un roc, le problème c'est que moi je suis plutôt un flan", confesse-t-il). Attica Guedj est Pam, sa femme dévorée par l'ennui et le désir. En mère abusive, Yvonne Clech est irritante à souhait. Quant à Michèle Simonnet, elle joue Vera sur une belle et large palette, tout aussi maladroite et touchante dans son empressement au bonheur que dans sa honte du malheur.
Le Monde
vendredi 10 mars 1989
Cats (Théâtre de Paris)
Les Français aiment la comédie musicale, ils en rêvent et, sur ce sujet, le consensus entre spectateurs et gens de scène est total. Seulement, chaque fois que quelqu'un se risque à sauter le pas, les mêmes haussent les épaules. Les Français, dit-on, savent faire de très belles choses, mais la comédie musicale non, ça n'est pas leur affaire. Il est vrai que les réussites sont rares et que, comme pour tout ce qui est musical, le coût d'une production est tel qu'un demi-succès équivaut à un échec.
Or, actuellement, le Starmania de Michel Berger prolonge au Marigny son succès du Théâtre de Paris, où il est remplacé par Cats de Llyod Webber, créé il y a huit ans à Londres et qui, depuis, n'a cessé de triompher à New-York, Tokyo, Vienne, etc. Cats est une vraie comédie musicale. Sur de courtes histoires de chats sans lien entre elles, de T.S. Eliot très bien adaptées en français par Jacques Marchais, c'est un spectacle entièrement chanté par des gens qui dansent, avec des tableaux d'ensemble, des enchainements de cinéma, des numéros en solo, des chansons de Top 50 et des récitatifs. La musique de Llyod Webber exige des vraies voix étendues plus naturellement, le sens du rythme et un souffle à toute épreuve.
Parisien autant que New-Yorkais, le producteur Mel Howard a fait le pari de monter Cats à Paris et à l'américaine (le Monde du 11 février), c'est-à-dire avec le luxe et le professionnalisme _ et les moyens _ qui font la légende de Broadway. Il y a mis le prix, le temps, a passé des centaines d'auditions et a réussi ce qui jusqu'à présent semblait utopique : réunir des danseurs qui savent chanter sans avoir besoin de play-back, des chanteurs capables de bouger, les uns et les autres pouvant tenir un ou plusieurs rôles _ les nommer tous est impossible! _ et former un ensemble parfaitement cohérent.
C'est miraculeux. Le Théâtre de Paris est complètement transformé, le décor dû à Paul Gallis de décharge publique pour féérie foraine, avec carcasses de voitures et nuit étoilée de lampions, se prolonge dans la salle, grimpe aux balcons. Les costumes et les maquillages de John Napier témoignent d'une somptueuse imagination... A vrai dire, on est loin du spectacle de la création, mis en scène par Trevor Nunn à Londres en 1981, qui était fait avec peu de choses, mais entrainait dans le rude univers des chats de gouttière, voyous arrogants, seigneurs lubriques et capricieux.
Ici on a plutôt à faire à ces chats sans puces que l'on voit à la télévision trottiner sur des parquets bien cirés pour manger leurs croquettes favorites, avant de consentir à ronronner sur les genoux de la dame qui les nourrit. Ici, c'est l'univers strass et paillettes de la comédie musicale. C'est un choix et il est assumé avec autant d'élégance que d'humour. Les éclairages de David Hersey sont raffinés, les enchainements se font à la perfection, il y a de la machinerie et des fumigènes, des effets de magie, la chorégraphie reste comme à Londres et à New-York celle de Gillian Lynne. Il y a des danseurs virtuoses, des acrobaties, des scènes émouvantes, d'autres de fantaisie, des batailles dansées, des nostalgies chantées, des gags, des sketchs burlesques _ en particulier celui du vieux chat tragédien et matamore... Il y a une jeunesse et un punch éblouissants.
A un moment où la mode est de s'attendrir sur les chats presque autant que sur les bébés, ce spectacle correspond à une attente du public. Le soir de la générale il applaudissait debout et ne se lassait pas de clamer son enthousiasme. On avait passé une belle soirée de charme.
Le Monde
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