samedi 30 novembre 2024

Vidéo Club

Vidéo Club est la nouvelle pièce de Sébastien Thierry dont nous avons déjà apprécié les spectacles précédents comme « Qui est Monsieur Schmitt ? » en 2021 ou « Momo » en 2017. C’est un des succès de la saison précédente à Paris, maintenant en tournée dans la région parisienne, notamment au TAM, et dans toute la France !

Justine et Jean-Marc, mariés depuis vingt-cinq ans, découvrent qu'une mystérieuse webcam les filme depuis des mois dans leur cuisine. Abasourdis, ils reçoivent chaque jour une nouvelle vidéo, les confrontant à leurs petites médiocrités du quotidien, à leurs mensonges et à leurs trahisons.

Tout en finesse et en humour, ces images mettent en lumière les actes et paroles inavouables de ce duo charismatique... Mais un couple peut-il résister à la transparence totale ?


Cette pièce décrit le délitement progressif d'un couple dans l’ambiance tendue d’une sorte de thriller psychologique au cours duquel le spectateur va chercher le coupable. Les dialogues sont percutants mais aussi teintés d'humour et d'émotion, et les rebondissements successifs relancent l’intérêt de « l’intrigue ». Le couple formé par Yvan Attal et Noémie Loevsky, tous les deux de très grands comédiens, rivalise de mauvaise foi et de petites lâchetés du quotidien.

Je m’interroge seulement sur l’intérêt de la scène avec le gorille.

Bref un bon divertissement malgré quelques petites longueurs et une fin convenue.

mercredi 27 novembre 2024

Je suis la maman du bourreau

Encore une pièce magnifique au Théâtre André Malraux à Rueil-Malmaison cette semaine.

Elle aimait un ange, il était le diable. Quand Gabrielle découvre quel monstre est vraiment son fils adoré, il est déjà trop tard… Sous l’armure de cette femme sévère, éclate le cœur en miettes d’une mère.

Comment survivre à la trahison ultime ? Où peut la mener son amour de mère ? Vacillante, Gabrielle part en quête d’elle-même. À quel moment s’est-elle trompée ? A-t-elle donc mal aimé ? Ou simplement trop ?

Nous avons vécu un grand moment d’émotions grâce à Clémentine Célarié, stupéfiante et presque habitée dans le rôle d’une mère qui s’est construite sur des croyances et des valeurs traditionnelles et voit l'édifice de toute une vie réduit en cendres.


« Je suis la maman du bourreau » est adapté du roman de David Lelait-Helo, présent dans la salle ce soir-là, qui décrit cette relation mère-fils, une mère qui a placé tout son amour, tous ses rêves et projeté toutes ses ambitions sur son fils.

La mise en scène est sobre et le fond musical accentue la lourdeur des situations décrites par cette femme dont l’humanité nous bouleverse. Clémentine Célarié que nous avons déjà vue de nombreuses fois au théâtre, notamment dans « une vie », un autre seul en scène, est une actrice exceptionnelle qui nous a pris aux tripes et a vraiment mérité les ovations du public debout face à elle.

Elle a remercié la salle, totalement silencieuse et nouée pendant la représentation, par un discours improvisé de 15 minutes environ, plein d’humour « pour faire retomber la pression » dit-elle, qui a achevé d’enthousiasmer les spectateurs du TAM.

dimanche 24 novembre 2024

Du charbon dans les veines

"Du charbon dans les veines" est la nouvelle pièce de Jean-Philippe Daguerre, le créateur de "Adieu Monsieur Haffmann" (2018) et "Le petit coiffeur" (2021), deux pièces que nous avions particulièrement appréciées au Théâtre André Malraux.

1958, à Noeux-Les-Mines, petite ville minière du Nord de la France. Pierre et Vlad sont les deux meilleurs amis du monde. Ils partagent tout leur temps en creusant à la mine, en élevant des pigeons voyageurs et en jouant de l'accordéon dans l'orchestre local dirigé par Sosthène "boute en train-philosophe de comptoir", personnage central de cette petite sphère joviale et haute en couleurs malgré la poussière du charbon.

À partir du jour où Leila, la jeune et jolie marocaine, vient jouer de l'accordéon dans l'orchestre, le monde des deux meilleurs amis ne sera plus le même...


Il faut un peu de temps pour entrer dans cette histoire d’amour et d’amitié, finalement assez simple, mais progressivement nous avons été touchés et charmés par ces beaux sentiments humains, dans le cadre de la vie simple et parfois tragique des bassins houillers du Nord.

C’est du théâtre humaniste qui ne sombre pas dans le mièvre, malgré le thème de la pièce, fait de petits tableaux rapides qui s’enchainent dans une mise en scène parfaitement orchestrée, grâce à un éclairage élaboré. La troupe d’acteurs est formidable et trois d'entre eux jouent de l'accordéon en direct sur scène (ils ont appris des morceaux pour le spectacle ?). On s’attache ainsi à la simplicité, la générosité, le bon sens et l'humilité des gens du Nord, dont l’esprit de solidarité tranche avec l'individualisme d’aujourd’hui. Mais c’est aussi une comédie qui fend le cœur du spectateur et déclenche aussi des rires francs et salutaires.

Nous sommes sortis du TAM, encore une fois cette année, heureux d’avoir la chance de découvrir, si près de notre petit village, des spectacles intelligents et profonds.

dimanche 17 novembre 2024

Nick Cave - ACCOR ARENA - 17 novembre 2024

Avec sa chevelure de jais noir plaquée en arrière, son teint de peau blanc presque cadavérique et son nez allongé, Nick Cave, vêtu de son costume habituel et toujours mince à 66 ans, ressemblait à un rapace lors de son concert dimanche dernier à l’Accor Arena. C’était la dernière étape de sa tournée européenne pour promouvoir son nouvel excellent album « Wild God » et on sentait bien que les « Bad Seeds » jouaient de manière millimétrée, affutés par les nombreuses dates antérieures. Il y a bien entendu l’incontournable Warren Ellis, qui est à lui seul un spectacle complet avec sa manière délirante de jouer de la guitare, des claviers, du violon mais aussi quatre choristes vêtus d’une sorte de toge blanche qui vont apporter une touche de soul à l’ensemble du groupe.

Un concert de Nick Cave a une dimension presque messianique qui me gène un peu car je ne suis pas un fan historique mais récent, depuis que son style musical a évolué de morceaux post-punk presque sauvages vers des compositions plus sombres et mélancoliques (malheureusement liées à sa tragique histoire personnelle).

Le concert parisien a mélangé ces deux périodes et nous avons évidemment préféré la période récente, notamment lorsqu’il a joué la quasi-intégralité de son nouvel album ou des extrait de l’excellent «Carnage ». Pendant les plus de deux heures de son show, Nick Cave a arpenté avec fougue le devant de la scène, saisissant certaines des milliers de mains levées de fans agglutinés devant l’estrade et s’adressant souvent à eux lors de ses interventions, parfois humoristiques, entre les morceaux. C’est manifestement une sorte de gourou charismatique pour certains spectateurs qui lui offrent des cadeaux et partagent une quasi-extase collective que je réservais, dans ma jeunesse, à Leonard Cohen.

Nick Cave incarne intensément l’ensemble des morceaux de son set et on peut lire dans son visage la souffrance liée à certaines de ses paroles. Parmi les titres joués ce soir, je retiens évidemment « Red Right Hand », un de ses seuls tubes, les superbes « Bright Horses » et « O Children », « I Need You » dédié à sa femme dans la salle, l’entrainant« The Weeping Song » et enfin « Into My Arms », interprétée par Cave seul, avec sa voix de baryton, au piano.

Nous avons ainsi vécu une expérience presque religieuse lors de ce concert de Nick Cave et je dois remercier V. qui ne connaissait pas cet artiste et est ressortie de la grande salle de Bercy, convaincue par l’engagement scénique de cet artiste « hors norme ».

vendredi 8 novembre 2024

The Loop au Théâtre des Béliers Parisiens

C’est la seconde pièce de Robin Goupil, après « No Limit », qui, s’inspirant du film « Un jour sans fin » où le héros revivait sans cesse la même journée, a imaginé un interrogatoire en boucle. D’où le titre, The Loop !

Dans un trou paumé des États-Unis d’Amérique, le fils du maire est suspecté de meurtre. Un brave shérif et son assistante zélée sont là pour le faire avouer et une avocate véreuse pour le faire sortir de là. Quelque part dans le monde, un battement d’ailes de papillon a mis le chaos dans l’espace temporel et les quatre protagonistes de l’affaire se retrouvent piégés. À chaque sursaut du temps, tout se dérègle de plus en plus pour terminer dans un happening délirant et magnifique.

Robin Goupil signe des dialogues truculents échangés par des personnages pince-sans-rire, remplis de jeux de mots puisés dans des chansons de variété, des séries et des longs-métrages. Le rythme est ébouriffant : dans un seul et même décor (la salle d’interrogatoire et le commissariat de police), la même scène est rejouée trois fois, avec à chaque fois une petite modification qui perturbe tout. L’auteur et metteur en scène se surpasse pour ne laisser aucun répit, ni à nos yeux ni à nos oreilles. Les quatre fantastiques comédiens jouent parfaitement ensemble avec une mention spéciale pour Juliette Damy, lunettes sur le nez, survoltée.

Totalement loufoque, avec un humour déjanté, le spectateur est pris par cette parodie de film policier des années 1980, menée tambour battant, qui déclenche une succession d’éclats de rire, dans un tourbillon de gags et de rebondissements.

Que c’est bon de rire sans se poser de questions !

mercredi 6 novembre 2024

4211 km

Quel bonheur d'assister à un spectacle qui vous émeut, qui vous fait rire, qui vous fait réfléchir comme cette pièce "4211 km", que nous avons découverte au Théâtre André Malraux, hier soir (à 6 km de la maison !). 4 211 km c'est la distance entre Paris et Téhéran, celle parcourue par Mina et Fereydoun venus d'Iran pour se réfugier en France après une révolution qui leur a été volée.

Yalda leur fille, née à Paris, nous raconte leur exil, leur combat pour la liberté, l'amour d'un pays et l'espoir d'un retour. Elle nous balade entre ses deux mondes : sa famille, des déracinés qui ne se plaignent jamais, et la société française dans laquelle elle cherche désespérément sa place.

C'est l'histoire d'un héritage que l'on aime et que l'on déteste, c'est l'histoire d'hommes et de femmes qui cherchent à se frayer un nouveau chemin. Alors qu'en Iran le peuple se révolte depuis plus d'un an, cette pièce résonne de manière particulière. Elle nous éclaire sur la barbarie du régime islamique et témoigne du combat que mènent les Iraniens depuis plus de 44 ans – ceux qui ne sont plus là, ceux qui sont restés et les exilés.


Nous sommes sortis bouleversés par cette pièce à la fois drôle et touchante, grâce à une mise en scène millimétrée, un récit captivant, quelques notes de musique envoûtante et des acteurs, tous inconnus, excellents et justes. Ahou Daryaei a bien sûr été applaudie à la fin de la représentation.

Courez au Théâtre Marigny.